MADAGASCAR – INSÉCURITÉ DANS LE SUD : Amnesty International se dit préoccupé

L’émissaire d’Amnesty et le ministre de la Communication, lors de leur entrevue hier à Ampasanimalo

L’émissaire d’Amnesty et le ministre de la Communication, lors de leur entrevue hier à Ampasanimalo
L’organisation non-gouvernementale internationale jette un œil critique sur la manière dont les autorités mènent l’opération de rétablissement dans le Sud, concernant le respect des droits humains.
Le geste du gouvernement suivi à la loupe dans le Sud du pays. Amnes­ty International, organisation internationale à caractère non gouvernemental, pointe du doigt son mode de gestion de la lutte contre l’insé­curité dans la partie méri- dionale de l’île.
« Il y a des préoccupations majeures [sur la situation dans le Sud] », a déclaré Christian Mukosa, chercheur au programme Afrique au sein de cette organisation qui milite pour la protection des droits humains, hier à Ampasa­nimalo. Il l’a fait savoir à Harry Laurent Rahajason, ministre de la Communi­cation et porte-parole du gouvernement.
Pendant une demi-heure, Christian Mukosa et Harry Laurent Rahajason ont mené une discussion à bâtons rompus sur le rétablissement de l’ordre public dans le Sud, en présence de la presse. Le premier n’y est pas allé par quatre chemins pour demander la version du membre du gouvernement, tout en livrant ses « impressions » sur le dossier. « C’est un problème préoccupant. Cela fait trois mois, mais rien n’est clair par rapport à ce qui s’est passé. Ce n’est pas normal », déplore-t-il.
Au cours de son intervention, l’émissaire de l’organisation qui se voit recon- naître le caractère d’organisme à voix consultative auprès des Nations unies, ne cache pas ses inquiétudes sur le respect des droits humains. « Je continue à être sceptique si les gens tués sont tous des vrais dahalo [voleurs de zébus]. Comment reconnaître un dahalo Existe-t-il des signes extérieurs », s’interroge-t-il.
Le chercheur de l’Amnes­ty International, ayant un statut d’observateur à l’Union africaine, met en avant le principe de présomption d’innocence des individus tués lors des affrontements avec les forces de l’ordre. « J’ai parlé à vos collègues [le général Lucien Rakotoarimasy, Pierrot Rajaonarivelo, Christine Razanamahasoa, le général Randrianazary, respectivement ministre des Forces armées, ministre des Affaires étrangères, ministre de la Justice et secrétaire d’État à la gendarmerie], la mission donnée aux forces de l’ordre est d’arrêter les dahalo », rappelle-t-il.
Christian Mukosa critique l’opération visant à incendier des villages présumés appartenir à des voleurs de zébus. « Il y a tant de problèmes dans ce genre de compartimentation », lance-t-il, déplorant l’absence de décision de justice reconnaissant le lien entre les villages et les présumés « dahalo ». Il soulève en même temps le risque d’amalgame entre la collaboration des habitations avec les forces de l’ordre pour démasquer les présumés dahalo et les règlements de comptes entre villageois. « Sur quelles bases se fie-t-on pour dire que ce sont des dahalo », s’interroge-t-il alors que certains individus sont tués sans qu’il y ait procès pour traiter leur cas.
Descente sur terrain
Le chercheur de l’Amnes­ty International reconnaît les efforts du gouvernement pour rétablir l’ordre. « Mais il y a à faire en matière de droits humains », indique-t-il. Chris­tian Mukosa promet la rédaction des recommandations sur le dossier après avoir suggéré à son interlocuteur la possibilité pour le gouvernement de « demander l’assistance internationale » si le besoin s’en fait sentir.
Harry Laurent Rahajason explique les efforts fournis par les autorités pour faire face à la recrudescence de l’insécurité dans le Sud. Il évoque la mise sur pied d’une enquête diligentée au niveau du ministère des Forces armées, pour déceler les éventuelles bavures des éléments sur le terrain. « Le mieux c’est de descendre sur le terrain et constater de visu les réalités », propose le ministre de la Communication.
Le porte-parole du gouvernement reconnaît la mort d’une quarantaine de présumés dahalo et une vingtaine des éléments des forces de l’ordre durant l’opération « Tandroka ». « Nous ne cherchons pas à tuer. La preuve, une vingtaine de présumés dahalo sont arrêtés et sont remis entre les mains de la justice. Ce sont ceux qui résistent aux forces de l’ordre qui sont tués au cours des accrochages », clarifie-t-il. « Et puis, les forces de l’ordre tiennent compte des renseignements et des témoignages des habitants pour certaines initiatives », avance-t-il.
Harry Laurent Rahajason défend l’initiative des autorités pour faire face à la recrudescence de l’insécurité dans le Sud « avec le peu de moyens dont elles disposent ». « Que va-t-on dire si le gouvernement ne fait rien après la série d’attaques meurtrières perpétrées par les dahalo « , s’interroge-t-il. Le membre du gouvernement fait part en même temps des communiqués officiels de son département et du ministère des Forces armées, relatant le déroulement de l’opération dans le Sud. Il évoque le caractère sensible du dossier, « car il s’agit d’une opération militaire. »

Opération légale
Avant Harry Laurent Rahajason, Christian Mukosa a rencontré le général Lucien Rakotoarimasy, ministre des Forces armées, qui lui a assuré la régularité du rétablissement de l’ordre public dans le Sud, à Ampahibe. Ce dernier a précisé que l’Opération « Tandroka » est « menée dans un cadre légal », selon le communiqué du ministère des Forces armées.
Jeudi, l’officier général avait confirmé l’existence d’une autorisation donnée par le Premier ministre Omer Beriziky, à la tête de l’Organe mixte de conception au niveau national (OMC/Nat) pour agir dans le Sud. Il a répondu aux critiques du Syndicat des administrateurs civils (Synad) déplorant un « manque de respect de la loi et de la hiérarchie » au sein des entités touchées par la sécurité et l’ordre public.

Iloniaina Alain
L’Express de Madagascar

Publié le 10 novembre 2012, dans Madagasikara - Crise, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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