L’Afrique, perpétuel cobaye de « Big Pharma » ? (Monde Diplo)

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Au Niger, 15 minutes l’arrivée des militaires pour faire respecter le couvre-feu, 31 mars 2020. cc0 Anna Psiaki

Les rumeurs dont bruissent les réseaux sociaux en Afrique pointent du doigt un Occident nécessairement coupable de la pandémie de Covid-19, ou les essais liés à la recherche de traitements. «Nécessairement» : tel est justement le mot qui a fait bondir, dans le discours alarmiste tenu le 27 mars sur l’Afrique par le secrétaire général des Nations unies António Guterres : «Et même si la population est plus jeune que dans les pays développés, il y aura nécessairement des millions de morts». Beaucoup ont aussitôt conclu à un plan prémédité.

Lire aussi André-Michel Essoungou, « Manipulations numériques en Afrique », Le Monde diplomatique, septembre 2020.

«L’Afrique aura bientôt des cadavres dans les rues», prévoyait de son côté à la mi-avril la philanthrope américaine Melinda Gates. Ce faisant, elle s’est aussi attirée les foudres du Conseil des évêques africains, qui lui a demandé de ne pas être une «propagandiste de la mort», et a rejeté «toute forme de commentaire déprimant et horrible sur l’Afrique».

Bill Gates, fondateur de Microsoft, a été l’épicentre de rumeurs dès le début de la pandémie. Aujourd’hui encore, le journaliste néerlandais Bram Posthumus, correspondant au Mali, note à quel point l’idée est ancrée, selon laquelle «le coronavirus est un canular de Bill Gates qui veut soumettre toute la population mondiale par le biais de vaccins».

Six mois après le discours de Guterres, l’Afrique ne représente que 5% des cas déclarés dans le monde et 2,4% des décès mondiaux, avec 31 500 morts au 8 septembre selon le Center for Disease Control (CDC) de l’Union africaine. Certains pays sont cités en exemple — comme le Sénégal, 298 morts au 16 septembre, classé 2e pour sa gestion de la crise sur 36 pays étudiés par la revue Foreign Policy, juste après la Nouvelle-Zélande.

Des théories du complot alimentées par la mémoire d’expériences réelles

Il n’empêche : les théories du complot qui circulent autour du Coronavirus et d’un éventuel vaccin ont toujours le vent en poupe. Elles reposent en partie, en Afrique, sur le socle d’expériences réelles que la mémoire collective n’a pas occultée. Ce souvenir va des expériences de stérilisation forcée en Namibie au XIXe siècle (durant la colonisation allemande) jusqu’aux programmes de guerre bactériologique contre les populations noires pendant le régime de l’apartheid en Afrique du Sud (1948-1991), en passant par des scandales pharmaceutiques à répétition.

Lire aussi Jean-Philippe Chippaux, « L’Afrique, cobaye de Big Pharma », Le Monde diplomatique, juin 2005.

«Les théories du complot s’inscrivent dans une histoire de la santé et de la médecine qui considère l’homme blanc comme la figure du démon, qui en veut à tout prix à la vitalité de l’Afrique, explique Parfait Akana, sociologue de la santé et directeur du Muntu Institute au Cameroun. C’est un alibi un peu facile, dans la mesure où chez nous, les véritables ennemis de la vitalité africaine sont les dirigeants et les responsables économiques, qui n’ont pas toujours été d’une grande exemplarité dans les soins à la vie comme premier principe régalien incombant à un État.»

Au Cameroun, un roman récent de Mutt-Lon, Les 700 aveugles de Baffia (1), relate l’histoire vraie d’un essai pharmaceutique mené dans les années 1920 par des médecins français contre la maladie du sommeil, et qui a répandu la cécité.

Les résistances de l’Afrique du Sud face au sida

Réelles, aussi, les méthodes extrêmes du «Docteur de la mort», le surnom donné à Wouter Basson en Afrique du Sud. Ce cardiologue qui exerce toujours au Cap a mené de 1981 à 1993 le Project Coast, un programme de guerre chimique et bactériologique contre les Noirs. Acquitté en 2002, il s’est vanté à la télévision de «cas d’empoisonnement légitimes», qui ont tellement bien marché que «pas un seul n’a pu déboucher sur une identification claire du poison».

Frank Chikane, un vétéran de la lutte contre l’apartheid, a échappé de justesse à la mort après avoir été intoxiqué par un poison étouffant déposé sur ses vêtements. L’une des 24 substances mortelles sur lesquelles travaillait le «virtuose» Wouter Basson. Il aurait aussi œuvré, dans les années 1980, à la production massive de mandrax, drogue sédative à base de Valium, déversée dans les townships pour étouffer la révolte qui grondait. Durant des auditions du Conseil de l’ordre des médecins, certains témoins ont révélé en 2012 que des recherches avaient été menées dans le cadre du Project Coast pour utiliser la bactérie du choléra ou le virus du sida.

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Publié le 27 septembre 2020, dans AFRIQUE, Afrique du Sud, Droits humains, Médiamensonges, Santé, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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