Le prix de la vanille chute de plus de 60%: Madagascar, premier producteur mondial, tente de limiter les dégâts (Rtbf)

La famille Amady Soufou en plein équeutage de la vanille quelques jours après la récolte sur leur site de préparation à Nosy Be. © Anna Bellissens

Anna Bellissens

Huit gousses de vanille sur 10 consommées dans le monde viennent de Madagascar. La campagne de vanille verte vient de démarrer dans le Nord-Ouest de la Grande île, leader de la production mondiale. Après plusieurs années de flambée, la précieuse denrée perd brutalement de sa valeur.

L’explosion de la bulle spéculative a entraîné une chute des prix de plus de 60%.

Le crack après plusieurs années de flambée des prix

A partir du mois d’octobre, après avoir été transformée, la vanille verte récoltée en ce moment même dans le nord-ouest de Madagascar, sera prête à inonder le marché mondial. C’est lors de cette première rencontre de l’année entre l’offre et la demande en brousse, dans les villages de planteurs à la lisière des forêts, où poussent les lianes de vanille, que les prix se dessinent.

Les premiers marchés de l’année se déroulent les mêmes jours que la récolte des gousses vertes. D’abord dans le Nord-Ouest de la grande île en juin, puis dans la plus importante région de production au monde, la SAVA, au nord-est du pays, en juillet.

« Le bout des gousses doit être jaune. Et on voit bien sur celle que je m’apprête à couper, que le bout n’est plus vert, mais il se rapproche de la couleur de la banane« , explique Vénence Bemandingny, un planteur de Nosy Komba. Les quelque 2000 planteurs de cette île de l’archipel de Nosy Be produisent à eux seuls 20 tonnes de vanille verte, soit un peu plus de 3 tonnes de vanilles préparées et aromatiques comme nous la connaissons dans nos supermarchés.

Dans le village d’Anjiabe, où Vénence Bemandingy récolte, se déroule le plus important marché de Nosy Komba. Un marché très réglementé. Les autorités locales veillent au bon déroulement des transactions et fixent le calendrier : deux jours de récolte-vente, pas un de plus.

« Cela permet d’éviter les vols si tout le monde récolte en même temps. Nous sommes tous solidaires de cette règle« , précise Vénence avant de prendre la direction du cœur du village pour vendre ses gousses vertes. Durant 48 heures, les sentiers escarpés de cette île sans voiture sont en effervescence. Ici, deux habitants sur trois sont planteurs de vanille.

Après leur récolte, tous empruntent le chemin tracé dans cette végétation luxuriante, en direction du « Wall Street » de la forêt. Les rumeurs sur la baisse des prix préparent les planteurs à d’âpres négociations.

« Si le prix du kilo de vanille verte est fixé à 80.000 ariary (environ 20 euros, ndlr), on ne peut même pas s’acheter un sac de riz avec. Ce qui serait acceptable, c’est que l’on puisse au moins acheter un sac de riz en vendant un kilo de vanille verte. Le kilo se vendait à 200.000 ariary (50 euros) l’année dernière, mais cette année, c’est redescendu à cause de la crise. Je ne connais pas encore la valeur actuelle de la vanille verte puisque c’est au marché que ça va se décider. »

Amba Jean-Pierre Stavy ne met pas toutes ses billes dans le même panier, il est également maçon-charpentier. Le père de famille a 40 kilos de gousses à vendre cette année. « Normalement, dès que le marché est terminé, je peux payer une année de scolarité pour mes enfants avec mes revenus de la vanille« , confie-t-il. Tout dépendra de cette rencontre imminente entre l’offre et la demande.

3 fois moins de revenus que l’année dernière pour les planteurs

Les acheteurs, des collecteurs-revendeurs ou encore des transformateurs-exportateurs, affluent en masse sur l’île par bateau pour l’occasion. Au cœur du village, un espace bâché en guise de huis clos pour plus de discrétion durant les échanges. Lorsque les prix sont conclus, les pesées sont effectuées sur deux balances différentes : une première pour acter la vente, une seconde pour les taxes reversées à la commune de Nosy Be. Elle encaisse 3% du montant total des transactions effectuées sur les marchés de vanille de son territoire.

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Publié le 20 juin 2020, dans AFRIQUE, Madagasikara - Crise, Océan Indien, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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