La presse à Madagascar: « La liberté brûlée par l’argent »

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D’Antananarivo à Washington en passant par Paris, Maurice et partout où leur pays est représenté diplomatiquement, les Malgaches sont fiers de célébrer l’anniversaire de leur indépendance, le 26 juin. La fierté n’est pleine et entière que si la célébration ne fait pas l’objet d’écho en terre natale. Dans la presse nationale, on veut montrer combien on est aussi patriotes, et aux autorités qu’on est là, prêts à les servir.
Ainsi, Nicolas Rabemananjara a profité de l’occasion pour montrer au public qu’il vient d’être nommé à l’ambassade de Madagascar à Washington. On ne sait à quel poste est nommé l’ancien caméraman attitré de l’amiral Didier Ratsiraka quand ce dernier fut revenu au pouvoir (1996-2002). En 2003, il créa la chaîne indépendante de télévision TVPlus dont il sera la PDG. Proche d’Andry Rajoelina lors du coup d’Etat de 2009, il rallie ce dernier lors de l’élection présidentielle de 2018. Son soutient sera récompensé par cette nomination alors qu’il était attendu au poste de gouverneur de la région de Mananjary (sud est de Madagascar) d’où il est originaire. Depuis, on ne croit plus à la crédibilité de la principale chaîne de télé privée de Madagascar dont le sponsor de sa principale émission n’est autre que le groupe Sodiat de Mamy Ravatomanga, le financier et homme d’affaires du président Andry Rajoelina, qu’on surnomme d’ailleurs le « vice-président ».

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Le principal journal quotidien qui avait aussi suivi la même ligne critique et surtout son indépendance stricte n’a pas aussi échappé au pouvoir de l’argent ou l’argent du pouvoir. « La Gazette de la Grande Ile » était pourtant un farouche adversaire de Mamy Ravatomanga qui avait traîné ce journal en justice pour diffamation à la suite d’un article jugé diffamatire sur les acquisitions de l’opérateur économique. Face à des problèmes de locaux, ce quotidien a dû louer des bureaux dans la « Villa Pradon » de Mamy Ravatomanga. Et durant la campagne électorale, le journal qui roule plus pour Andry Rajoelina que Marc Ravalomanana qui l’a poursuivi à maintes reprises durant son mandat (2002-2009), se fait courtiser par M. Ravatomanga pour rejoindre pour de bon son poulain. Mais riuen n’y fit même après l’élection de ce dernier. La botte secrète fut le redressement fiscal de plus de 3,5 milliards d’ar infligés par le précédent régime à ce journal impertinent et qui est resté en suspense. Finalement, »La Gazette de la Grande Iule » rejoint le pouvoir en place moyennant l’effacement d e cette amende et la nomination de son fondateur et président, Lola Rasoamaharo, conseiller spécial du ministre des Finances.
Le ralliement du principal journal indépendant de Madagascar met pratiquement fin à la liberté de la presse dans ce pays. A preuve, aucune presse n’a rapporté les termes de l’accord entre les sociétés pétrolières et l’Etat malgache en mi-juin alors que le FMI exigeait le retour à la vérité des prix, l’Etat ayant annoncé cependant une baisse des prix malgré un gap d’environ 30 % et l’effacement d’environ 70 millions d’euros d’un seul coup de baguette magique.
Il faut dire que les sociétés pétrolières se sont muées dans un silence assourdissant mais la presse n’a même pas posé les questions de savoir ce qu’il en est exactement. Pareil pour l’achat des 6 hélicoptères, 5 avions Cessna et un avion de transports de troupes de 40 personnes de marque Casa présentés durant la parade militaire du 26 juin. Tout le monde s’est contenté de la déclaration du président Rajoelina selon laquelle il importe peu de savoir les sources et le montant du financement pour ces matériels, l’important est l’impact de leur utilisation contre l’insécurité.
Aussi ne faut-il pas s’attendre à l’autre journal « L’Expresse de Madagasacar » pour traiter encore moins creuser ce sujet. Appartenant officiellement à un opérateur malgache, Edgard Razafindravahy, ce journal est contrôlé par des intérêts mauriciens, les actionnaires de « L’Express mauriciene».Nul n’ignore pourtant que M. Rajoelina et son ami Mamy Ravatomanga sont liés avec les Mauriciens et des rumeurs avancent que la fortune des deux partenaires sont logés à Maurice.
Pareil pour « Midi Madagasikara » de Marthe Andriambvelo. Les membres de la rédaction de ce journal aiment raconter qu’au lendemain de son élection, Andry Rajoelina était venu rendre visite à Marthe Andriambelo à son domicile. Premier quotidien national qui s’allie systématiquement à tout nouveauouvoir, ce journal contrôle la distribution avec une tribu venue du sud, « »les Antandroy ». La fondatrice du journal aurait demandé au nouveau président que sa fille soit nommée ambassadrice ou personnel d’ambassade. On verra la suite. Le beau-frère de cette dernière fille n’est autre que le ministre des Affaires Etrangères, Naina Andriantsitohaina.
Ce dernier, notons le, est le propriétaire du groupe Ultimétia qui édite le quotidien en français « Les Nouvelles » et le premier journal en malgache « Taratra ». On imagine facilement la ligne de ces quotidiens tandis que l’important groupe de presse du financier Mbolah Rajaonah du précédent président de la République, Hery Rajaonarimampianina, a complètement disparu après l’incendie criminel des bureaux et installations peu avant le premier tour de l’élection présidentielles, en fin 2018, puis l’arrestation et l’incarcération sans procès de son propriétaire, au mois de mars.
Seul le journal « Le Quotidien » de l’ancien président Marc Ravalomanana (2002-2009) essaie un tant soit peu de rétablir l’équilibre. Mais remis de ses cendres après l’incendie de 2009, il est en édition limitée et ne fait pas le poids contre les 3 trois gros quotidiens et les propagandes des journaux de M. Ravatomanga (La Vérité, Ino Vaovao) et du journal de la ministre de la Communication, Lalatiana Rakotondrazafy (Free News).
Quand la liberté de presse n’existe plus dans un pays, que peut-on encore espérer ? » »

Source: FB

Publié le 4 juillet 2019, dans AFRIQUE, Information, Madagasikara - Crise, Océan Indien, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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