Les secrets d’un exilé hors pair

La biographie et le parcours professionnel et politique de Marc Ravalomanana ne sont plus à présenter à ses concitoyens. L’homme a un destin extraordinaire. Né le 12 décembre 1949 à Imerinkasinina, Marc Ravalomanana est un autodidacte et « self-made-man ». Vendeur de lait au début, il est devenu grand capitaine d’industrie. Il a fondé à partir de rien l’empire Tiko, un groupe investissant dans l’agro-alimentaire. Il a aussi fondé le Groupe MBS (télévision et radio) en 2001. Sur le plan politique, Marc Ravalomanana a été élu maire de la Capitale de Madagascar en 1999. En 2002, il a été élu président de la République. Marc Ravalomanana n’a pas pu terminer son second mandat à cause du coup d’Etat de 2009. Actuellement, il fait partie des 36 candidats à l’élection présidentielle du 7 novembre 2018.

Ce qui reste cependant dans le domaine du mystère, ce sont les péripéties de son départ en exil forcé le 17 mars 2009 et de son retour énigmatique au pays le lundi 13 octobre 2014. Durant notre entretien à son domicile à Faravohitra, Marc Ravalomanana a accepté de livrer des secrets et de faire des confidences sur ces deux moments forts de ses aventures politiques.

Coups de téléphone. D’un voyage officiel en Afrique du Sud, Marc Ravalomanana était rentré au pays le 25 janvier 2009. Le lendemain, les deux chaînes nationales publiques (TVM et RNM) et ses propriétés (radio et télévision MBS, Tiko, Magro…) se trouvant aussi bien dans la Capitale qu’en province ont été pillées et incendiées par des manifestants du « Mouvement Orange ». C’était un « Lundi Noir ». « Après ces pillages, on a mobilisé les manifestants pour prendre le Palais présidentiel d’Ambohitsorohitra alors que les leaders du mouvement savaient bien qu’ils allaient violer une zone rouge. J’étais à ce moment-là au Palais d’Iavoloha avec ma famille »,rappelle Marc Ravalomanana. Avant de révéler : « Après la prise du Palais d’Ambohitsorohitra, les manifestants de la Place du 13 Mai voulaient aussi prendre le Palais d’Iavoloha. Le colonel Charles Andrianasoavina a téléphoné à mes collaborateurs et leur a sommé de libérer le Palais. Monja Roindefo m’a aussi passé un coup de fil et m’a demandé de quitter Iavoloha, mais j’ai refusé. Une foule était venue au rond-point d’Iavoloha pour nous protéger. Durant ces moments, moi et les membres de ma famille, n’avons eu de cesse de prier Dieu pour nous soutenir dans notre combat. »

17 mars et Directoire militaire. D’après les témoignages de Marc Ravalomanana, les harcèlements se sont poursuivis après son refus de quitter le Palais d’Etat d’Iavoloha. « On a fait exploser des grenades pour disperser la foule déterminée qui nous a manifesté son soutien. On a même entendu des coups de feu. Au Palais, pour renforcer la sécurité de ma famille, j’ai fait appel à des gardes du corps sud-africains. Malheureusement, le directeur de la sécurité présidentielle était déjà en contact avec les assaillants et il a tout fait pour convaincre ces gardes du corps sud-africains de ne pas agir en cas d’assaut »affirme-t-il. Avant de rajouter : « Mais, finalement, j’ai cédé à la pression. Car des coups de feu ne cessaient de retentir au-dessus du toit du Palais présidentiel.  De fortes détonations ont été entendues aux alentours. Les membres de ma famille étaient traumatisés. J’ai décidé alors le 17 mars 2009 de faire rédiger une Ordonnance qui me permettait de transférer les pouvoirs à un Directoire militaire. Tiébilé Dramé, émissaire du Secrétaire Général des Nations Unies, et l’ambassadeur des Etats-Unis Niels Marquardt étaient venus à Iavoloha pour prendre cette Ordonnance. La suite s’est passée le même jour à l’Episcopat à Antanimena. Je peux affirmer que Norbert Lala Ratsirahonana était le cerveau du coup d’Etat de mars 2009. Les éléments constitutifs d’un coup d’Etat, appelés aussi D.I.M.E (Diplomat, Ideology, Military, Economy), étaient réunis. Il y avait des diplomates qui ont manœuvré avec des militaires du CAPSAT, une idéologie a été également véhiculée – l’idéologie Orange -, et des opérateurs économiques ont financé toutes les opérations. »

Lire la suite

 

Publié le 27 septembre 2018, dans AFRIQUE, Afrique du Sud, Droits humains, Françafrique, Madagasikara - Crise, Océan Indien, Uncategorized, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :