Pourquoi est-il si difficile de moraliser la vie politique française ? (Francetvinfo)

https://i2.wp.com/www.francetvinfo.fr/image/75e8vomlm-1c7c/578/325/12610075.jpgEva Joly, en Norvège, le 23 avril 2017. (ROLF OEHMAN / AFTENPOSTEN / NTB SCANPIX MAG / AFP)

Alors que l’affaire Ferrand perturbe le début du quinquennat d’Emmanuel Macron et que François Bayrou a présenté son projet de loi de moralisation de la vie publique, franceinfo a interrogé Eva Joly. L’ancienne juge d’instruction pointe l »énorme faille » de la justice française : « L’absence d’indépendance du parquet. »

La pression s’accroît sur Richard Ferrand. Le parquet de Brest a ouvert, jeudi 1er juin, une enquête préliminaire dans l’affaire immobilière impliquant le ministre de la Cohésion des territoires. Le jour de l’ouverture de cette enquête préliminaire, François Bayrou présentait sa « loi pour la confiance dans notre vie démocratique ». Ce n’est pas la première fois que l’exécutif annonce vouloir moraliser la vie publique et la rendre plus transparente. Pourquoi est-ce si difficile ? Franceinfo a posé la question à Eva Joly, eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts. L’ancienne magistrate franco-norvégienne estime que « l’accès aux hautes fonctions est parfois lié à l’envie de s’enrichir ou à l’idée qu’on peut s’enrichir ».

Franceinfo : Que pensez-vous de la défense de Richard Ferrand qui affirme que tout ce qu’il a fait est « légal, public, transparent » ?

Eva Joly : Il n’est pas sûr qu’il n’a pas enfreint la loi. C’est d’ailleurs l’objet de l’enquête en cours à Brest. Dans le code de la mutualité, il est prévu l’intervention d’un commissaire aux comptes pour signer une convention réglementée entre les parties lorsqu’il y a un risque de conflit d’intérêts. Or, il n’y a pas eu de convention réglementée et monsieur Ferrand explique que cela ne se justifiait pas car il n’était ni marié, ni pacsé. Mais il s’agit tout de même de sa concubine, le lien intime est établi… Il n’est donc pas suffisant de dire qu’il n’y avait pas conflit d’intérêts.

Au-delà de l’aspect légal, il y a les questions éthiques et morales… 

C’est vrai qu’il existe une différence entre la moralité et la légalité. Et cela va dans les deux sens : par exemple, venir en aide à des réfugiés, c’est illégal en France mais c’est moral. Au contraire, il y a des pratiques qui ne sont pas spécifiquement interdites mais qui sont immorales.

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Dans le cas de Richard Ferrand, lorsque vous vous enrichissez, vous-même ou votre famille, à hauteur de plus d’un demi million d’euros sans prendre aucun risque, la question morale se pose.

L’affaire Ferrand éclate après une campagne présidentielle marquée par l’affaire Fillon. Cela donne le sentiment que notre classe politique est impossible à moraliser…

La France souffre de cela depuis des décennies et on a vraiment eu du mal à réagir. Les mœurs étaient mauvaises. L’accès aux hautes fonctions est parfois lié à l’envie de s’enrichir ou à l’idée qu’on peut s’enrichir. Cela doit changer.

Par ailleurs, il y a en France de vrais barons locaux qui concentrent les pouvoirs, avec parfois des bénéfices indus. Mais avec l’affaire Fillon, on observe un tournant. L’exigence d’exemplarité a augmenté. L’opinion publique ne supporte plus ces pratiques et c’est elle qui entraîne la moralisation en cours. Les gens ont pris conscience de l’importance de la morale et de l’importance de la loi, qui doit être la même pour tous.

Les différentes lois pour moraliser la vie publique se révèlent-elles inutiles ?

Ce sont moins les textes eux-mêmes que l’application de ces textes qui pose problème. L’arsenal législatif est là. Mais il y a une énorme faille : le cœur du problème, c’est l’absence d’indépendance du parquet. En France, c’est le gouvernement qui nomme les procureurs. Résultat : un magistrat qui fait preuve de mansuétude à l’égard du pouvoir peut retarder des procédures. Et ça dure dix, quinze ou vingt ans. Il y a 1 000 façons de faire qu’un élu ne soit pas condamné.

Lorsque la nomination des procureurs ne dépendra pas du fait qu’ils ont rendu service, cela changera profondément les choses. Ensuite, il faut donner les moyens de fonctionner à la justice. Si vous n’avez pas les outils pour enquêter, cela ne bougera pas.

La moralisation de la vie publique passe-t-elle seulement par la loi ? Le Premier ministre, Edouard Philippe, a déclaré que l’élection législative sera « le juge de paix » pour Richard Ferrand…

 

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Publié le 5 juin 2017, dans France, Médiamensonges, Politique, et tagué , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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