Le FMI et la Banque mondiale précipitent le Sud dans une nouvelle crise de la dette

La dette dans le monde vient d’atteindre un niveau record. Cette question était coeur des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale qui viennent de se terminer à Washington. Alors qu’un nombre croissant de pays est au bord du défaut de paiement, ces deux institutions décident… d’aggraver le surendettement.

Dans son nouveau rapport, le FMI s’inquiète du niveau des dettes globales qui affichent le taux record de 225 % du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial. Les deux tiers de ces dettes sont d’origine privée, contractées par les entreprises et les banques, laissant craindre une nouvelle crise financière et de nouveaux sauvetages par les Etats. Cette évolution résulte principalement de la politique monétaire des banques centrales comme la BCE qui prêtent au secteur privé à des taux nuls. Cette politique favorise les grandes banques qui lui empruntent d’énormes quantités de liquidités gratuitement mais qui, au lieu de prêter aux ménages, profitent de cette manne pour spéculer et prêter massivement aux Etats et aux entreprises du Sud.

Pourquoi prêter au Sud ? Depuis la crise de 2007 causée par le secteur financier, les capitaux cherchent les meilleurs rendements. Les pays du Sud, aux taux de croissance économique plus élevés, sont des cibles privilégiées. La hausse de leurs ressources liées au cours élevé des matières premières combiné au bas niveau des taux d’intérêt encourage alors ces Etats à profiter de cette conjoncture, enclenchant un nouveau cycle de réendettement. Entre 2006 et 2014, les prêts accordés aux pays à « faible revenu » ont plus que triplé. Plusieurs pays « partenaires » de la Belgique ont vu leur dette exploser entre 2010 et 2016 comme le Niger (+179 %), le Mozambique (+201 %), le Rwanda (+169 %), etc.

Entre-temps, la conjoncture internationale a radicalement changé puisque le prix des matières premières a considérablement diminué ; la baisse des recettes d’exportations combinée à des taux d’intérêt allant parfois au-delà des 10 % aggravant le surendettement. Certains pays comme le Mozambique et la Tunisie ont même frôlé récemment le défaut de paiement.


Coupes sombres dans les dépenses vitales

Ce sont les populations qui paient le prix fort puisque le paiement des dettes, jugé prioritaire par les créanciers et les gouvernements débiteurs, se fait au détriment des dépenses vitales comme la santé et l’éducation. Et cela ne concerne pas que les pays les plus paupérisés. Comme l’a souligné le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, dans une résolution adoptée le 23 mars 2016, contre laquelle la Belgique a voté : « le fardeau croissant de la dette auquel doivent faire face les pays en développement les plus endettés, en particulier les pays les moins avancés, n’est pas viable et constitue un des principaux facteurs qui empêchent de progresser dans le développement durable centré sur la population et l’élimination de la pauvreté (…) pour bon nombre de pays en développement et de pays en transition, le service excessif de la dette a fortement limité la capacité de promouvoir le développement social et d’assurer des services essentiels pour créer les conditions indispensables à la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels (…) les pays en développement continuent de rembourser davantage chaque année que les montants effectifs qu’ils reçoivent au titre de l’aide publique au développement. »

Pour s’attaquer au surendettement des Etats, le FMI et la Banque mondiale proposent comme « solution » de les endetter davantage en leur accordant de nouveaux prêts pour payer les créanciers privés imprudents ou spéculateurs… comme en 1982 lors de la première crise de la dette. Comme d’habitude, le FMI et la Banque conditionnent leurs prêts au renforcement de mesures d’austérité appelées dans leur jargon « réforme structurelle ». Le Programme d’action mondiale de la directrice du FMI, Christine Lagarde, est sans équivoque : « il importe d’accélérer la mise en œuvre des réformes structurelles ». Feu sur le droit du travail : la priorité est à la « réforme du marché du travail ».


Des erreurs grossières

Pour s’assurer que ces politiques seront appliquées par les Etats endettés, le FMI et la Banque mondiale veulent aussi être les juges de la « soutenabilité » de leurs dettes. Juges… et parties comme le souligne l’Expert de l’ONU sur la dette puisque ces institutions pourront « avoir tendance à se montrer ouvertement optimistes concernant la dette des pays qui s’efforcent de mettre rapidement en œuvre leurs prescriptions de politique, et plus pessimistes envers les pays qui, à leur avis, ignorent leurs conseils », dégradant ainsi la note de ces derniers. Outre ce conflit d’intérêts, la crédibilité du FMI est également largement mise à mal vu les grossières erreurs commises dans ses prévisions sur l’impact économique des programmes d’austérité en Grèce.

Enfin, prétendre évaluer la soutenabilité de la dette uniquement en fonction de la capacité financière des Etats à payer la dette sans jamais tenir compte de l’obligation des Etats à assurer les besoins fondamentaux de leur population, démontre bien que les priorités de ces deux institutions ne sont pas la lutte contre la pauvreté et pour le plein-emploi, contrairement à ce qu’indiquent leurs statuts. Soulignons que plusieurs pays du Sud consacrent déjà plus d’un tiers de leurs dépenses publiques tous les ans au service de la dette.

Pour évaluer la soutenabilité mais aussi identifier la part illégale, odieuse ou illégitime de leurs dettes, les Etats débiteurs devraient eux-mêmes mettre sur pied des audits avec participation des représentants de la société civile, comme le préconisent les Principes directeurs de l’ONU sur la dette. Sur cette base, ils pourraient suspendre immédiatement le paiement des dettes qui entravent leur développement et annuler sans condition les dettes frauduleuses et celles contractées contre l’intérêt de leurs populations. Cette option aurait l’avantage de ne pas solliciter de nouveaux prêts empoisonnés du FMI et de la Banque mondiale.

 

Source : Le Soir

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Publié le 30 novembre 2016, dans AFRIQUE, Capitalisme, Droits humains, Uncategorized, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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