France : Pourquoi cette tentation permanente de la guerre ?

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En face d’un peuple qui ne paraît plus très bien savoir à quel saint se vouer, la France bourgeoise de ce début de XXIème siècle est manifestement résolue à entrer dans un cycle de guerres dont nul ne sait encore jusqu’à quelle catastrophe il pourra mener la population dont cette même bourgeoisie assure la direction économique, politique et intellectuelle depuis les lendemains immédiats de 1789…

Cette situation fort sinistre où des « zélites » décident – à elles toutes seules, et dans la minute – de répandre le sang et les larmes, nous a été révélée par l’invraisemblable tragédie libyenne de 2011.

Le vrai héros – pitoyable, et dont aujourd’hui encore il est à redouter qu’il ne revienne un jour à proximité des systèmes de contrôle du feu nucléaire – de cette affaire rondement menée aura été ce Sarkozy dont il paraît que l’ignominie serait si peu apparente qu’il trouverait encore quelques suffrages à se porter sur lui.

Or, désormais, même les moins informé(e)s d’entre nos concitoyennes et concitoyens savent qu’en matière d’ignominie, il en va de même pour son Hollande de successeur qui déjà se voyait pilonnant la Syrie.

Et pourtant, ce sont là les deux derniers souverains dont nous nous sommes doté(e)s.

De sorte qu’une question paraît devoir être posée, et avec une certaine angoisse : cette tentation de la guerre serait-elle inscrite dans une politique de long terme qui dépasserait largement la figure particulière de tel ou tel président de la république ?

Un élément ne peut échapper à personne… Ces guerres qui se cherchent – ou plutôt que la France bourgeoise s’efforce de dénicher pour les Françaises et les Français qui commencent à rudement trépigner en présence d’un chômage dont il est maintenant clair qu’il est devant une grande partie d’entre elles et eux pour jusqu’à leur fin de vie, si ce n’est celle de leurs enfants et petits-enfants (ô douce France !) -, s’inscrivent-elles dans une logique de fond ?…

Ouvrons alors le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de juin 2008 qui a donc été élaboré et publié sous le règne de Sarkozy…

Qu’il faille séparer soigneusement le peuple de ses « zélites », c’est une précaution qui devient parlante sitôt que l’on s’approche de la question de la guerre… En effet, le Livre blanc de 2008 nous saute aussitôt au visage tant son contenu et les circonstances de son élaboration apparaissent comme plus qu’inquiétant(e)s – tandis que nous n’en avions à peu près rien su.

Voyons cela…

Ce bel ouvrage est dû au travail d’une Commission désignée par le décret n° 2007-1144 du 30 juillet 2007 pris sous la signature du président de la république en fonction, Nicolas Sarkozy, et contresigné par son premier ministre, François Fillon.

Le tout début de ce décret nous apprend que cette Commission est constituée de deux catégories de personnes : celles qui sont présentes sur titre (18) et celles qui le sont pour leur compétence personnelle (18).

Sur ce total de trente-six membres, il y a quatre parlementaires (Assemblée nationale : 2 ; Sénat : 2), c’est-à-dire quatre personnes issues du suffrage universel, qui ne vaut donc que pour un peu plus de 10 %, dans une affaire – la guerre – qui n’est tout de même pas peu de chose…

Mais c’est encore trop sans doute.

En effet, le 7 avril 2008, madame Patricia Adam, députée socialiste, et monsieur Didier Boulaud, sénateur socialiste se fâchent tout rouge et donnent leur démission au motif que : « En sept mois de travaux, nous avons constaté que cette commission ne servait que de chambre d’enregistrement des décisions du président de la République. »

Comment pourrait-il en être autrement, puisque, hormis nos quatre parlementaires, si les personnalités choisies pour leur compétence le sont du seul avis du président de la république, celles qui le sont pour leur titre se trouvent être des hauts fonctionnaires civils ou militaires qui, pour leur quasi-totalité doivent justement ce titre à une nomination décidée par ce même président de la république (en voici la liste : conseiller d’État, secrétaire général de la défense nationale, directeur général de la police nationale, directeur général de la gendarmerie nationale, directeur général des affaires politiques et de sécurité, directeur général du trésor et de la politique économique, directeur de la stratégie à la direction générale de la recherche et de l’innovation, chef d’état-major des armées, délégué général pour l’armement, secrétaire général pour l’administration, directeur général de la sécurité extérieure, directeur chargé des affaires stratégiques, etc.)

Nous voici donc sous l’Empire… Qui pourrait croire que cela ait changé depuis deux siècles ?… Rassurons-nous : avec tous ces gaillards dans l’arrière-boutique, il est assez clair que nous ne pouvons pas perdre la prochaine guerre ni les suivantes…

Or, il est justement question de faire la guerre… Ils ne se sont réunis que pour cela. C’est le Livre blanc (2008) qui nous le dit. La situation est grave :

« Des régions entières demeurent à l’écart des bénéfices de la croissance mondiale et, au lieu de diminuer, les écarts se sont creusés entre les plus riches et les plus pauvres. Une telle situation, au moment où la diffusion de l’information rend ces inégalités toujours plus visibles, est lourde de menaces pour la stabilité internationale. » (page 25)

Autre chose :

« La  consommation  mondiale  d’énergie  pourrait  doubler  d’ici  2030.  Les  pays  de  l’Union Européenne dépendent aujourd’hui à plus de 75 % pour leur consommation de pétrole, de zones de production situées au Moyen-Orient, en Afrique ou en Russie. Les chiffres sont comparables pour le gaz. Les pays en forte croissance économique, comme l’Inde et surtout la Chine, cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement sur l’ensemble de la planète. Concurrence et peut-être conflits pourraient résulter de tensions trop fortes et non régulées. » (page 25)

Or, le Livre blanc (2008) nous rappelle, comme en passant, que certains espaces sont déjà à portée de fusil :

« Les pays européens sont présents militairement à des titres divers, au Tchad, en Palestine, au Liban, en Irak et en Afghanistan. Dans ces conditions, l’Europe et la France sont probablement appelées à s’engager davantage encore à l’avenir dans l’ensemble de la zone, pour aider à la prévention et au règlement des crises. » (page 44)

Pour la prévention (en attendant un éventuel « règlement »), c’est maintenant « fait » en Libye et en Syrie…

Or, explique le Livre blanc, il faut tirer les conséquences de la situation actuelle de l’Afrique, en particulier :

« La France et l’Europe ne peuvent se désintéresser du continent qui leur est le plus proche. L’Afrique, riche de nombreux atouts, dispose d’un potentiel humain et économique considérable. À long terme, ces capacités pourraient lui permettre de figurer parmi les acteurs de premier plan de la croissance économique et de la sécurité mondiales. Néanmoins, la poursuite de l’essor démographique, la faiblesse des structures étatiques et la mauvaise gouvernance risquent de freiner encore longtemps le développement et une répartition équitable de ses gains. » (page 44)

…qui pourraient devenir les nôtres… un tout petit peu : il va donc falloir y mettre bon ordre… en faisant régner l’équité que promet la mise en œuvre des droits de l’homme (à coups de fusil)… Ensuite, et comme chacun le sait bien, l’appétit vient en mangeant :

« La zone qui s’étend de la Mauritanie au Pakistan restera cruciale pour l’Europe à l’horizon 2025. Les prévisions démographiques postulent un doublement de la population d’ici 2030, tandis que les perspectives économiques demeurent limitées, les taux de chômage élevés, les systèmes d’éducation peu adaptés, et les régimes politiques contestés. » (page 45)

Tout un Far-West, mais direction plein Sud… qui ne pourra guère espérer se tourner un jour vers la production  d’objets  manufacturés…  Adieu,  la  meilleure  protection  contre  les  saisies  d’une… rente… qui est pourtant déjà là et qui tend ses petits bras à l’Europe et à son fer de lance militaire, la France :

« Les richesses naturelles sont essentiellement constituées d’hydrocarbures (deux tiers des réserves mondiales). »

Mais est-on si sûr que ces guerres-là seront toujours fraîches et joyeuses – et sans conséquences terribles sur notre sol ?

La question n’est bien sûr pas là : ceux qui organisent les guerres ne sont pas ceux qui les font.

Mais les premiers auraient tort de ne pas se servir de l’outil que de Gaulle leur a laissé : cette Cinquième République qui a l’extrême mérite d’offrir aux « zélites » le moyen de faire l’essentiel dans le dos de la population française en étouffant, d’avance, tout impact au suffrage universel.

… Ce que je m’efforce de montrer de façon détaillée dans l’ouvrage que je viens de publier, et dont les références sont ici : https://unefrancearefaire.com/2016/09/28/pour-en-finir-avec-la-cinquieme- republique-2/

Michel J. Cuny
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/france-pourquoi-cette-tentation-permanente-de-la-guerre/#pxCHoYLmqxyX5EAu.99

Publié le 23 octobre 2016, dans Droit international, France, Géopolitique, Guerre, Uncategorized, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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