Mentalité de kopi koleurs (Mcar Tribune)

Un excellent édito, très pertinent de Ndimby, qui démontre que le phénomène n’est en rien surprenant eu égard à la mentalité gasy

Question pour des champions : qui est le pitre qui a voulu imiter la révolution ukrainienne de 2004 et baptisé son mouvement de « Révolution orange » ? Réponse : Alain Ramaroson en 2005. Histoire de souligner le niveau d’un autre type qui n’a rien trouvé de mieux que d’utiliser ce nom copié d’un nom lui même copié, lorsqu’il lui a fallu baptiser ses méfaits de 2009.

https://i1.wp.com/i.skyrock.net/9669/88219669/pics/3163621926_1_12_NS0EvUP6.jpg

Un débat cocasse fait actuellement rage sur les médias sociaux au sujet du fameux jeu d’imitation Kopi Kolé lancé par TV Plus. Entre les inconditionnels et ceux qui y voient une infamie dégradante, il y a toute une palette d’opinions, sans oublier les habituels « oui mais ». Par exemple, les artistes qui pensent que le jeu pourrait continuer, mais en prenant en compte les droits des auteurs, compositeurs ou interprètes dont les œuvres sont copiées. Lire entre les lignes : les artistes veulent aussi avoir leur part du gâteau. Et ceux qui ont lancé une pétition sur les médias sociaux pour demander à TV Plus d’arrêter cette émission, ne font qu’un kopi kolé d’une pratique de vazaha, qui signent chez eux des pétitions à tout va, avec quelquefois du succès. Mais quel résultat espèrent tous ces Malgaches qui signent une pétition, à part la bonne conscience d’avoir essayé de changer le monde avec un clic de souris ?

Evacuons très rapidement mon humble point de vue sur le jeu Kopi Kolé lui-même. Primo, dans un environnement où la production de loisirs originaux et de qualité se fait rare, il n’est pas étonnant que de tels jeux soient populaires auprès de la majorité de la population. Secundo, pour qu’un jeu télévisé perdure, il faut qu’il y ait des sponsors (qui soutiennent l’activité moyennant un retour sur investissement) ou des mécènes, qui acceptent de jeter l’argent par la fenêtre. Sur ce point, les conseilleurs et les prescripteurs sont rarement les payeurs. On trouvera toujours une quantité de bien-pensants pour appeler à un sursaut culturel national et à l’engagement de ceux qui ont les moyens. Mais sans qu’eux-mêmes ne mettent jamais leur poche ou leur cerveau à contribution pour créer quelque chose.

Quelle entreprise serait prête à financer un jeu pour « la beauté du geste » et l’avancement de la culture citoyenne, mais avec une audience famélique et une retombée médiatique proche de zéro ? Toutefois, pourquoi nos créateurs et autres créatifs, pourtant si prompts à s’offusquer du bas niveau culturel de Kopi Kolé, ne sont-ils pas capables de proposer un jeu du niveau de leurs prétendues aspirations, et qui soit suffisamment attractif pour les sponsors et mécènes. En l’absence de réponse, il faudra s’adapter au dicton qui veut que faute de grive, l’on se contente de merle. Avec un d.

Par conséquent, dans la mesure où personne n’a ni la capacité ni la volonté de créer ce « mieux » qui serve les intérêts de la vraie culture, il est préférable que les familles et les jeunes se passionnent pour Kopi Kolé, ce jeu plus ou moins sain, plutôt que d’être oisifs ou se verser dans des activités beaucoup plus discutables. Et on pourra également faire preuve d’un peu de mémoire en se souvenant du succès du concours Mahaleo zandriny, organisé par MBS et Média Consulting en 2007. Dans l’esprit, qu’était ce concours sinon un kopi kolé à la gloire du groupe Mahaleo ?

De toutes façons, le kopi kolé et le plagiat ne sont pas vraiment en terre inconnue pour les artistes à Madagascar. La chanteuse ougandaise Iryn Namubiru accuse la chanteuse Malgache Lianah de plagiat (voir ici le reportage de Viva). Et la mélodie d’un titre du chanteur Marion ressemble étrangement à celle d’une oeuvre de Gal Elmaleh.

Quelles sont les racines du succès de Kopi Kolé ?

Ceci étant dit, il faudra se demander pourquoi un jeu tel que Kopi kolé a réussi à générer l’enthousiasme de certaines couches de la population. A cette question, il y a au moins trois réponses qui s’imposent rapidement.

PNG - 114.9 ko
Pagny izimbahoaza

D’abord, notre mentalité a depuis longtemps un véritable réflexe de copier à tort et à travers ce qui se voit ailleurs. On se souvient de ce chanteur qui se faisait appeler dans les années 80 « Bob Marley Malagasy ». Et de nos jours, on ne peut que se marrer de voir ce personnage médiatique fier de se faire appeler Florent Pagny Malagasy. Les journalistes malgaches eux-mêmes ne sont pas avares de comparaisons stupides, dès qu’il y avait une certaine similitude physique ou technique d’un sportif malgache avec un sportif d’ailleurs. Par exemple, à une époque, ils surnommaient le gardien de notre équipe nationale N’kono, du nom d’un célèbre goalkeeper camerounais. Il y a donc chez beaucoup de Malgaches ce besoin systématique de raccrocher quelqu’un (ou soi-même) à un modèle étranger. Comme ces minettes qui affichent fièrement en photo de profil une image de chanteuse ou d’actrice célèbre, sous prétexte que ses amies lui trouvent (ou pire, qu’elles se trouvent) une vague ressemblance en termes de physionomie.

Lire la suite

 

 

 

Publié le 20 octobre 2016, dans AFRIQUE, Madagasikara - Crise, Uncategorized. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :