Syrie – « Vladimir Poutine a atteint ses objectifs » #Syrie5ans (Le Monde)

Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, dans les locaux du "Monde", mardi 15 mars.

Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, a répondu mardi 15 mars aux questions des internautes du Monde.fr sur la signification du retrait annoncé la veille par Vladimir Poutine de la « majeure partie » des forces russes engagées en Syrie depuis septembre. Ces dernières ont soutenu la contre offensive du régime Assad contre les rebelles, même modérés, sous prétexte de s’attaquer à l’Etat islamique. « La Russie apparaît comme le vainqueur – au moins temporaire – de la séquence qui s’est achevée avec le cessez-le-feu temporaire et avec l’amorce de son retrait », a-t-il précisé.

Lire aussi :   Syrie : comprendre qui soutient qui en deux clics

Pensez-vous que l’action russe menée jusqu’ici, ainsi que le retrait éclair d’une partie des forces annoncé par M. Poutine lundi, va dans le sens de la paix et de la stabilisation de la région ?

Le retrait russe intervient après que Vladimir Poutine a atteint ses objectifs : stabiliser le régime de Bachar Al-Assad, démontrer la place de la Russie dans la négociation sur l’avenir du Proche-Orient et réaliser une démonstration de force sur les capacités militaires de la Russie à travers les opérations menées depuis septembre 2015. De ce point de vue, la Russie a atteint ses objectifs.

La Russie apparaît comme le vainqueur – au moins temporaire – de la séquence qui s’est achevée avec le cessez-le-feu temporaire et avec l’amorce de son retrait, dont les modalités précises restent à confirmer.

Lire aussi :   Le retrait de l’armée russe de Syrie, nouvel acte dans la stratégie de Poutine

Quelle est l’attitude des différents groupes vis-à-vis de la trêve en cours ?

La trêve actuelle peut être lue de différente manière selon les acteurs. Le régime de Bachar Al-Assad se trouve plutôt conforté et a le contrôle d’une grande partie de la Syrie « utile » (l’axe Alep-Damas). L’opposition non djihadiste est marginalisée sur le terrain militaire, mais échappe à l’anéantissement. Les groupes djihadistes – Daech et le Front Al-Nosra – ne sont, pour leur part, pas liés par cette trêve et poursuivent le combat sur différents fronts.

S’agissant des acteurs extérieurs, cette trêve négociée par les Etats-Unis et la Russie est perçue diversement. Les soutiens de l’opposition « modérée » (pays du Golfe, Turquie et dans une moindre mesure européens) ne s’y sont ralliés qu’avec une certaine réticence et n’accordent qu’une confiance limitée à la bonne volonté du régime en l’absence d’un processus politique clair.

Pour leur part, les soutiens de Bachar Al-Assad (Iran et Russie) sont satisfaits de voir le président syrien remis au centre du jeu pour la négociation politique qui s’ouvre et dans une position de force militaire si les hostilités devaient reprendre.

Qu’est-ce qui justifie la position aussi prudente de Barack Obama concernant la Syrie ? Les Américains pèsent-ils encore dans le conflit face à des Russes qui se sont largement investis au cours des derniers mois ?

Barack Obama a en réalité une ligne politique assez claire depuis le début du conflit avec des priorités très différentes de celles d’autres acteurs, qu’il s’agisse de la Russie ou de ses partenaires européens.

image: http://s1.lemde.fr/image/2016/03/15/534×0/4883343_6_abd6_le-president-americain-barack-obama-aux_2a2fec1e5073aa8170917b9705c033ce.jpg

Le président américain Barack Obama aux côtés du président russe, Vladimir Poutine, lors du sommet du G8 à Enniskillen (Irlande du Nord), le 17 juin 2013.

On pourrait les définir de la manière suivante : premièrement, éviter un nouvel engagement militaire massif des Etats-Unis au Moyen-Orient. Deuxièmement, stabiliser la situation afin notamment que la crise des réfugiés ne déstabilise pas davantage la Turquie et l’Europe. Troisièmement, mener une campagne militaire limitée aux frappes contre Daech en Irak et subsidiairement en Syrie. Le départ de Bachar Al-Assad n’apparaît plus comme une priorité américaine. Dans ces conditions, le compromis entre le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, et le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est cohérent avec cette posture stratégique prudente qui caractérise l’attitude américaine depuis les origines du conflit.
Lire la suite

Publié le 15 mars 2016, dans Droit international, Géopolitique, Occident, Politique US, Proche Orient, Russie, Syrie, Terrorisme, Uncategorized, et tagué , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :