L’accord « anti-Brexit » amplifie le mouvement vers une Europe « à la carte » (Le Monde)

Par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen) et Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

Le premier ministre britannique David Cameron lors d'un meeting avec le Président du Conseil Européen Donald Tusk et le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, au cours du second jour du sommet européen du Brexit, à Bruxelles, le 19 février 2016.

« Deal done. » Donald Tusk, le président du Conseil européen, a officialisé sur Twitter, vendredi 19 février vers 22 h 30, l’accord péniblement négocié entre les Européens pour permettre à David Cameron de défendre, devant les électeurs britanniques, le maintien de leur pays dans l’Union européenne (UE).

Au bout de près de trente heures d’une négociation quasiment continue, le premier ministre britannique a arraché à des partenaires pressés d’en finir ce qu’il qualifie, sur un ton triomphant, de « statut spécial » pour le Royaume-Uni. Il lui reste à le défendre désormais devant ses électeurs pour gagner le référendum qu’il a accepté d’organiser, dont la date, probablement le 23 juin, sera annoncée officiellement samedi matin, à l’issue d’un conseil des ministres britanniques.

 Le verbe toujours très efficace, David Cameron s’est félicité, dans une salle de presse comble, vendredi soir, d’avoir obtenu gain de cause sur toutes ses demandes.

« Le Royaume-Uni ne fera jamais partie d’un super Etat de l’Union européenne, le pays n’adoptera jamais l’euro, nous ne participerons pas aux parties de l’Union qui ne fonctionnent pas [Schengen, l’euro] », a-t-il insisté.

« Il ne sera plus jamais question d’avoir quelque chose sans contrepartie », a ajouté le premier ministre conservateur, faisant référence à l’une des principales concessions faites par ses partenaires, le droit pour le pays de limiter sur une durée de quatre ans l’accès des travailleurs non européens aux prestations sociales britanniques. « C’est suffisant pour moi afin de faire campagne pour le oui au référendum. L’Union n’est pas parfaite, mais lui tourner le dos n’est pas une solution », a t-il conclu.

« Je n’aime pas Bruxelles »

Les Européens ont donc fait leur part du travail pour éviter un « Brexit » (« British Exit », ou sortie de l’UE). Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a défendu sans enthousiasme le compromis en le qualifiant d’« honnête », puisqu’il est censé satisfaire en réalité toutes les sensibilités nationales. « Pas glamour, mais sans concession sur les valeurs fondamentales de l’Europe », a réagi Donald Tusk. Le président de la Commission et celui du Conseil se sont livrés à un petit jeu : M. Cameron avait conclu son intervention en lançant : « Je n’aime pas Bruxelles, mais j’aime la Grande-Bretagne. » « J’aime Bruxelles et la Grande-Bretagne », a répliqué M. Tusk. « J’aime Bruxelles plus que d’autres parties de l’Europe », a ironisé M. Juncker…

Interminable, ce sommet restera, en tout cas, comme un succès pour le leader conservateur britannique. Plus anecdotique, mais tout aussi symptomatique d’une Europe un peu déboussolée, malade de ses dissensions béantes, les participants au « Brexit deal » retiendront cette photo retweetée des centaines de fois et devenue l’événement du jour : on y voit la chancelière allemande, Angela Merkel, surprise en train de s’offrir un cornet de frites, vers 18 heures, sur une place proche du Conseil. Alors que, sur tous les médias, est diffusée l’information que la négociation bat son plein…

En réalité, elle était suspendue parce que François Hollande voulait consacrer deux heures à une émission sur France Inter, pour y parler d’Europe et de politique intérieure. Une bonne partie de ses collègues était, eux, dans leur chambre d’hôtel depuis le matin : ils se sentaient peu concernés et regardaient d’un œil distrait le débat sur le « Brexit »…

« Piège à migrants »

La dernière ligne droite de l’interminable processus de négociation aura été plus laborieuse et dramatique qu’escompté. Laborieuse : « Un conseil européen, ce n’est pas parce qu’il dure longtemps qu’il s’y passe grand-chose », a résumé M. Hollande. Dramatique : la discussion sur le « Brexit » a été rattrapée par ce que beaucoup, à Bruxelles, Berlin ou Vienne, considèrent comme la véritable crise, celle des migrants. Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a menacé de bloquer tout compromis avec les Britanniques s’il n’obtenait pas la garantie que les pays de l’Est et des Balkans ne fermeraient pas leurs frontières, ce qui transformerait son pays en un vaste « piège à migrants ». Face à un tel risque, la négociation avec M. Cameron a soudain semblé très décalée, voire complètement improbable, aux yeux des hauts fonctionnaires, même les plus chevronnés.

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Publié le 20 février 2016, dans Crise économique, Europe, Grande Bretagne, Politique, Royaume-Uni, Union Européenne, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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