Poutine force Obama à capituler sur la Syrie

Par Mike Whitney. Article publié le 21 octobre 2015 dans CounterPunch : Putin Forces Obama to Capitulate on Syria

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La coalition emmenée par la Russie est en train de méchamment battre les commis de Washington en Syrie, et c’est la raison pour laquelle John Kerry appelle à une « pause ».

Lundi, le Secrétaire d’Etat américain John Kerry a appelé à réunir un sommet d’urgence en fin de semaine afin que les dirigeants russe, turc, saoudien et jordanien puissent discuter des moyens d’éviter la « destruction totale » de la Syrie. « Tout le monde, y compris les Russes et les Iraniens, ont dit qu’il n’y a pas de solution militaire. Nous devons donc faire un effort pour trouver une solution politique. C’est une catastrophe humanitaire qui menace maintenant l’intégrité de tout un ensemble de pays dans la région », a ajouté Kerry.

Evidemment, cela n’a jamais été une « catastrophe » lorsque les terroristes détruisaient des villes et des villages dans tout le pays, forçant la moitié de la population à l’exode et transformant cette nation autrefois unifiée et sûre en un Etat anarchique en faillite. Ce n’est devenu une catastrophe que lorsque Vladimir Poutine a synchronisé la campagne de bombardements russe avec les forces alliées sur le terrain, lesquelles ont commencé à liquider des centaines de militants soutenus par les Etats-Unis et à reprendre des villes essentielles dans le corridor occidental. A présent que la force aérienne pilonne et détruit les dépôts d’armes et de munitions des djihadistes, ainsi que les fiefs des rebelles, et que l’Armée Arabe Syrienne (AAS) resserre son emprise sur Alep, et que le Hezbollah  inflige de lourdes pertes aux militants de Jabhat al-Nusra [le Front al-Nosra] et autres vermines liées à al-Qaïda, Kerry a décidé que c’était une catastrophe. A présent que le rythme de la guerre a tourné en faveur du président syrien Bachar el-Assad, Kerry veut une « pause ».

Il faut garder à l’esprit que Poutine a travaillé sans relâche tout au long de l’été pour essayer de réunir les parties en conflit (y compris l’opposition politique d’Assad) pour voir si un accord pouvait être négocié afin de stabiliser la Syrie et combattre Daech. Mais Washington ne voulait aucune participation d’une coalition emmenée par la Russie. Ayant épuisé les possibilités pour résoudre ce conflit au moyen d’un consensus plus large, Poutine a décidé de s’impliquer directement en engageant la force aérienne russe, pour qu’elle dirige les combats contre les extrémistes sunnites et les autres forces antigouvernementales qui ont mis le pays en pièces et pavé la voie aux forces liées à al-Qaïda, qui visent à prendre le contrôle de la capitale. L’intervention de Poutine a stoppé l’arrivée d’un Califat terroriste à Damas. Il a inversé la marée dans cette guerre qui dure depuis quatre ans et a porté un coup sérieux à la stratégie diabolique de Washington. Maintenant, il va terminer le boulot.

Poutine n’est pas assez crédule pour se faire avoir par la tactique de Kerry visant à gagner du temps. Il va tuer ou capturer autant d’extrémistes que possible et il ne laissera pas Oncle Sam se mettre en travers de son chemin.

Ces terroristes – dont plus 2.000 viennent de Tchétchénie – posent une menace existentielle à la Russie, comme le font les plans américains d’utiliser des extrémistes islamiques pour faire avancer leurs objectifs de politique étrangère. Poutine prend cette menace au sérieux. Il sait que si la stratégie de Washington réussit en Syrie, elle sera utilisée en Iran et ensuite à nouveau en Russie. Voilà pourquoi il a décidé de déverser des tonnes d’argent et de ressources dans ce projet. C’est la raison pour laquelle ses généraux ont élaboré tous les détails et qu’ils sont arrivés avec une stratégie en béton armé pour annihiler ce barnum de délinquants juvéniles et restaurer les frontières souveraines de la Syrie. Et c’est pourquoi il ne va pas se laisser intimider par tous ces hypocrites de la veine de John Kerry. Poutine va s’en occuper jusqu’au bout. Il ne va pas s’arrêter pour qui ou quoi que ce soit. Gagner en Syrie est une question de sécurité nationale, la sécurité nationale de la Russie.

Kerry à nouveau : « Si la Russie est là-bas pour aider Assad à trouver un moyen pour une solution politique, ainsi que combattre Daech et l’extrémisme, alors il y a une possibilité pour une voie très différente ».

Poutine a proposé des solutions depuis le tout début, et c’est Washington qui a rejeté ces remèdes. Poutine soutenait ce que l’on a appelé le communiqué de Genève, qui remonte à 2012. En fait, ce fut la Secrétaire d’Etat d’alors, Hillary Clinton, qui a mis des bâtons dans les roues à cette réunion en exigeant qu’Assad ne fasse pas partie de quelque instance transitoire de gouvernement que ce soit. (Notez : Obama a fléchi sur cette exigence.) La Russie a considéré son exigence comme équivalant à un changement de régime, ce que c’était, étant donné qu’Assad est le chef d’Etat internationalement reconnu et donc entièrement habilité à faire partie de tout gouvernement transitoire. Ce rejet systématique de la part des Etats-Unis a saboté les efforts en vue d’ « élections multipartites libres et honnêtes » sous la surveillance internationale, et mis fin à toute chance d’une fin rapide à cette guerre. Washington était plus déterminé à faire à sa manière (« Assad doit partir ») que de sauver la vie de dizaines de milliers de civils qui sont morts depuis que Clinton a tourné le dos à Genève.

A présent, Kerry serait-il en train de tendre la branche d’olivier ? Et Washington prétendrait se préoccuper de la « destruction totale » de la Syrie ?

Je ne gobe pas. Ce dont Kerry se préoccupe est de ses compères voyous « coupeurs de têtes » qui sont en train de se faire avoiner par les Russes. Voilà ce qui le préoccupe. Jetez donc un coup d’œil à ce passage qui a été publié par RT :

Le président syrien Bachar el-Assad « n’a pas besoin de partir demain ou après-demain », a déclaré le [porte-parole Mark Toner] du ministère des affaires étrangères américain. Washington permet à Assad de prendre part à un processus transitoire, mais il ne peut faire partie du prochain gouvernement de la Syrie…

« …ce ne sont pas les Etats-Unis qui le dictent. C’est le sentiment de beaucoup de gouvernements dans le monde et, franchement, de la majorité des Syriens », a déclaré Toner.

Interrogé pour clarifier « combien de temps » le Département d’Etat pense que pourrait prendre ce processus de transition, Toner n’a pas donné de durée exacte.

« Je ne peux pas donner de délai. Je ne peux pas dire deux semaines, deux mois, six mois”, a-t-il déclaré, ajoutant que les Etats-Unis recherchent « une solution politique à ce conflit.».

Toner a ensuite admis que les Etats-Unis sont toujours dans le « processus de démarrer le processus », soulignant que c’était « une question urgente » qui « tarde depuis trop longtemps ». (‘Assad doesn’t have to leave tomorrow, can be part of transitional process’ – US State Department, RT)

« Un processus pour démarrer le processus » ?? Allô !?

Toner fait tellement de rétropédalage qu’il n’est même pas sûr de ce qu’il raconte. Manifestement, l’administration américaine est si agitée par les développements sur le terrain en Syrie, et si pressée d’arrêter le massacre des djihadistes soutenus par les USA, qu’ils ont envoyé ce pauvre Toner pour parler aux médias avant même qu’il n’ait eu le temps de préparer son discours. Quelle blague ! L’administration américaine est passée d’un refus catégorique de rencontrer une délégation russe de haut niveau, il y a à peine une semaine, (pour discuter de coordonner les frappes aériennes en Syrie) à une capitulation complète aujourd’hui sur leur position ridicule « Assad doit partir ». C’est plutôt un retournement de veste, non ? Je suis surpris qu’ils n’aient pas hissé un grand drapeau blanc au-dessus du 1600 Pennsylvania Ave. sous la fanfare des Marines.

Mais, n’allez surtout pas penser que cette dernière humiliation fera dérailler le plan de Washington visant à détruire la Syrie en tant qu’Etat souverain et en fonctionnement, et à la transformer en une multitude de micro Etats impuissants qui ne poseront aucune menace aux corridors de pipelines des Grosses compagnies pétrolières, ni aux bases militaires américaines, ou au Walhalla sioniste tentaculaire. Certainement pas ! Ce plan a toujours cours malgré les efforts de Poutine d’écraser les militants et de défendre les frontières. La dernière itération de la stratégie de dissolution de la Syrie a été articulée par le président du Council on Foreign Relations, Richard Haas, qui a dit :

… les Etats-Unis et les autres devraient suivre une politique à deux voies. L’une canaliserait les mesures pour améliorer l’équilibre du pouvoir sur le terrain en Syrie. Cela signifie faire plus pour aider les Kurdes et sélectionner des tribus sunnites, de même que continuer d’attaquer l’Etat Islamique depuis l’espace aérien.

Des enclaves relativement sûres devraient émerger de cet effort. Une Syrie d’enclaves ou de cantons pourrait être le meilleur résultat possible pour l’instant et pour un avenir prévisible. Ni les Etats-Unis ni personne d’autre n’ont un intérêt national vital à restaurer un gouvernement syrien qui contrôle l’ensemble du territoire de la Syrie ; ce qui essentiel est de faire reculer l’Etat Islamique et les groupes similaires.

La deuxième voie est le processus politique dans lequel les Etats-Unis et d’autres gouvernements restent ouverts à la participation russe (et même iranienne). L’objectif serait de faciliter le départ d’Assad du pouvoir et d’établir un gouvernement successeur qui, au minimum, bénéficiera du soutien de sa base alaouite et, dans l’idéal, de quelques sunnites.    (Testing Putin in Syria, Richard Haass, Project Syndicate)

Renverser Assad et découper le pays. Détruire la Syrie une bonne fois pour toutes. Voilà la stratégie opérative de Washington. Ce plan a été initialement proposé par l’analyste de Brookings, Michael O’Hanlon, qui a récemment déclaré :

… une future Syrie pourrait être une confédération formée de plusieurs secteurs : l’un serait largement alaouite [la propre secte d’Assad], s’étendant le long de la côte méditerranéenne ; un autre serait kurde, le long des corridors nord et nord-est près de la frontière turque ; un troisième serait essentiellement druze, au sud-ouest ; un quatrième serait constitué largement de musulmans sunnites ; et ensuite, une zone centrale de groupes mélangés dans la principale ceinture de peuplement du pays, allant de Damas à Alep…

En vertu d’un tel accord, Assad devrait finalement quitter le pouvoir à Damas […] Un gouvernement central faible le remplacerait. Mais l’essentiel du pouvoir, de même que la majeure partie des forces armées, serait situé à l’intérieur des secteurs autonomes individuels – et appartiendrait aux divers gouvernements régionaux […]

Des formateurs militaires américains et étrangers devraient se déployer à l’intérieur de la Syrie, où les recrues potentielles vivent réellement – et devront y rester si elles veulent protéger leurs famille. (Syria’s one hope may be as dim as Bosnia’s once was, Michael O’ Hanlon, Reuters)

Une fois encore, c’est le même thème qui est répété : renverser Assad et découper le pays. Bien sûr, les Etats-Unis devront entraîner les « recrues potentielles » pour assurer la police envers les autochtones et empêcher la création de toute coalition ou milice qui pourrait menacer les ambitions impériales des Etats-Unis dans cette région. Mais cela va sans dire. (Soit dit en passant, Hillary Clinton a déjà apporté son soutien au plan de O’Hanlon en insistant sur l’importance de « zones de sécurité » qui pourraient être utilisées comme refuge pour les militants sunnites et autres ennemis de l’Etat.)

John Mc Cain-le-dingue a été le plus farouche partisan du plan visant à découper la Syrie. Voici une partie de ce qu’il a dit sur le sujet :

Nous devons agir maintenant pour défendre les populations civiles et nos partenaires de l’opposition en Syrie […] nous devons établir des enclaves en Syrie où les civils et l’opposition modérée au dirigeant syrien Bachar el-Assad et à l’EI peuvent trouver une plus grande sécurité. Ces enclaves doivent être protégées par une plus grande force aérienne américaine et de la coalition et probablement par des troupes étrangères au sol. Nous ne devons pas écarter que les forces américaines puissent jouer un rôle limité dans ce contingent terrestre […]

Nous devons étayer notre politique d’une façon qui réprime les ambitions de Poutine et qui façonne son comportement. Si la Russie attaque nos partenaires de l’opposition, nous devrons imposer de plus grands coûts aux intérêts russes – par exemple, en frappant des cibles importantes pour le dirigeant syrien ou son armée. Mais nous ne devrions pas limiter notre riposte à la Syrie. Nous devons accroître la pression sur la Russie ailleurs. Nous devrions fournir des armes défensives et une assistance aux forces ukrainiennes afin qu’elles infligent de plus lourdes pertes aux forces russes.  (The Reckless Guns of October, Daniel Lazare, Consortium News)

Bien sûr, déclenchons la troisième Guerre mondiale ! Pourquoi pas ?

Il faudrait mettre la camisole de force à cet individu plutôt que de le laisser fulminer dans l’hémicycle du Congrès.

L’ensemble de l’establishment politique américain soutient le renversement d’Assad et le découpage de la Syrie. Le soudain appel de Kerry à un dialogue ne représente pas un changement fondamental de stratégie. C’est seulement une tentative pour faire gagner du temps aux mercenaires soutenus par les USA qui subissent tout le poids de la campagne de bombardements russe. Poutine serait bien avisé d’ignorer les braillements de Kerry et de continuer à livrer sa guerre contre le terrorisme jusqu’à ce que le boulot soit terminé.

(Notez : Au moment où cet article était publié, le quotidien turc Zaman rapportait : « … les Etats-Unis et plusieurs Etats européens et du Golfe […] se sont accordés sur un plan en vertu duquel le Président syrien Bachar el-Assad resterait au pouvoir pendant les six prochains mois durant une période de transition […] la Turquie a abandonné sa détermination [à se débarrasser d’Assad] et a accepté une période intérimaire avec Assad qui resterait en place », a déclaré Yasar Yakis, l’ancien ministre turc des affaires étrangères, à Zaman on Tuesday […] Si le peuple syrien décide de continuer avec Assad, alors il n’y aura pas grand-chose sur quoi la Turquie pourrait objecter. » (Report: Turkey agrees to Syria political transition involving Assad, Zaman)

Cette information n’a pas encore fait surface dans les médias occidentaux. La politique syrienne d’Obama s’est complètement effondrée.

Publié dans:

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-goulon/211015/poutine-force-obama-capituler-sur-la-syrie

Publié le 22 octobre 2015, dans Géopolitique, Occident, Politique US, Proche Orient, Russie, Syrie, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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