La marmite européenne entre en ébullition

La marmite européenne entre en ébullition

La situation en Europe, ou plutôt au sein de l’Union Européenne, est en train de bouillir. Résultats électoraux, négociations en rade, referendums, indicateurs macro-économiques, tout indique que le système des traités despotiques sur lesquels a été édifiée la gouvernance européenne se trouve désormais à faire les comptes avec les désastres, les larmes et le sang qu’elle a semés.

Néanmoins, les indicateurs de mal-être et les poussées ne sont pas homogènes. D’un côté, sur le front des options progressistes, il y a les résultats électoraux espagnols – combien même « seulement » administratifs – qui viennent s’ajouter au vent d’Athènes et à l’intolérance croissante envers l’austérité, les diktats et l’arrogance de la Troïka. D’une certaine manière, bien que sur un terrain différent, participe de la même vague le résultat du referendum irlandais sur les unions civiles. Un des pays historiquement les plus conservateurs, à cause de la lourde ingérence de l’Église Catholique, a vu le vote de la jeunesse devenir déterminant pour un changement radical sur le plan des droits civils. Un vote, donc, qui donne raison à ces sondages selon lesquels le Sinn Fein, une organisation de la gauche indépendantiste, pourrait gagner les élections dans le plus nordique des Pigs.

Sur le versant opposé, celui des solutions de droite, il y a l’hypothèque des referendums en Grande Bretagne sur la permanence ou moins dans l’Union Européenne et la victoire du candidat réactionnaire, euro-sceptique et nationaliste, en Pologne.

Au milieu de ces écarts, qui signalent une intolérance manifestée à travers plusieurs modalités à l’égard des politiques d’austérité imposées aux pays européens – mais de manière plus lourde à ceux plus périphériques – il y a eu soit la sortie de Draghi qui, tout en brisant un tabou, a laissé entendre combien « l’euro ne soit pas irréversible », soit la déclaration de Schauble selon lequel la Grèce peut être laissée partir en défaut, donc mise hors l’Eurozone et par là même UE.

Les classes dominantes européennes, avec un fort accent allemand mais avec des dimensions désormais continentales, commencent à sentir que l’air pourrait changer et le « jeu devenir plus dur ». Il y a la Grèce à punir pour donner l’exemple à tous les autres, en la contraignant à la défaite ou bien en l’expulsant des structures communes. Mais d’un autre côté il y a la Grande Bretagne, laquelle revient pour affirmer sa relation spéciale avec les États Unis, chose qui pourrait compromettre définitivement les déjà pénibles (et secrètes) négociations sur le TTIP. Le mal-être social, en outre, croît aussi en Europe de l’Est, où l’aventurisme allemand en Ukraine – ainsi qu’il en fut pour la Yougoslavie – a élevé le seuil de la tension et des risques de guerre avec la Russie, tout en augmentant les pires poussées en Pologne, Hongrie, Macédoine, Roumanie et dans les Républiques Baltes (bien que divisées férocement entre anti-russes et « dialoguants »).

À augmenter l’aventurisme il y a ensuite l’opération militaire en Libye dont les détails ont été officialisés et qui pourra très difficilement se faire passer longtemps – sinon à travers le déjà programmé contrôle « militaire » des mass médias – pour une mission humanitaire.

Il semble en somme que l’Union Européenne ne puisse ni ne veuille se soustraire à la prophétie de Helmut Kohl, selon laquelle l’intégration européenne aurait été un problème de paix ou de guerre au XXI siècle.

À cause de tout cela, on perçoit la sensation que les classes dominantes européennes et leurs appareils (BCE, Commission Européenne, « institutions ») s’apprêtent à accentuer la centralisation des pays les plus forts et à redessiner les hiérarchies de commandement, tout en séparant le noyau dur des pays les plus faibles ou récalcitrants. Une UE à deux vitesses, avec une double monnaie (l’euro du nord et les autres qu’ils se débrouillent), une nouvelle hiérarchie des pouvoirs décisionnels dans l’Union Européenne et l’ambition de se projeter comme un nouveau pôle impérialiste dans la compétition globale avec les BRICS, le pôle islamique et les Etats Unis, possiblement en cherchant avec ces derniers un rapport entre pares et non plus subordonné dans les vieilles chambres de compensation, entre intérêts stratégiques qui seulement maintenant et avec beaucoup d’efforts, peuvent être considérés comme coïncidant (OTAN, Wto, G7, etc.).

Grand est le désordre dans le ciel sous Berlin, mais pour rendre excellente la situation il faut avancer avec courage sur le plan des alternatives à cette régression. Un nouveau protagonisme des intérêts populaires et de classe, conjointement à l’alliance alternative des pays euro-méditerranéens, peut être l’une de celles-ci.

Possiblement avant que ce soit les adversaires de classe à nous contraindre à « faire masse critique » ou que le processus ne soit déterminé par des aventures sanglantes, sur le plan économique et social. Plus d’un, désormais, est en train de commencer à s’apercevoir que les instruments pourraient être dans ce cas plus douloureux et dangereux que la « simple » austérité.

Sergio Cararo

source :

http://contropiano.org/editioriali/item/30987-la-pentola-europea-va-in-ebollizione

http://blogs.mediapart.fr/blog/segesta3756/090615/la-marmite-europeenne-entre-en-ebullition-par-sergio-cararo

Publié le 9 juin 2015, dans Capitalisme, Crise économique, Finances, Histoire, Union Européenne, et tagué , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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