Hollande en Haïti : la tête haute et la dette basse (L’Obs)

Ses atermoiements sur le remboursement de la dette historique de la France envers Haïti ont valu au président français une chaotique fin de tournée caribéenne. De notre envoyé spécial

François Hollande en Haïti, mardi 12 mai 2015. (HECTORRETAMAL/AFP)

Comme souvent avec François Hollande, tout a commencé par un malentendu. Deux jours avant de se rendre ce mardi 12 mai à Port-au-Prince, dernière étape de sa longue tournée caribéenne, le roi du louvoiement avait déclaré en Guadeloupe, à l’occasion de l’inauguration du Mémorial de l’esclavage :

Quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai à mon tour les dettes que nous avons. »

Dans l’assistance, plusieurs journalistes haïtiens n’en croyaient pas leurs oreilles. Enfin ! Deux siècles après que les esclaves de l’île ont dû se battre pour conquérir leur indépendance. Deux siècles après que les mêmes ont dû payer le prix de cette indépendance à leurs anciens colons. La France, qui avait ainsi obtenu le paiement de 150 millions de francs-or, acceptait enfin de rembourser. Une somme équivalant aujourd’hui à 17 milliards d’euros.

« Ce n’est pas un sujet ! »

Panique chez les conseillers de l’Elysée. La phrase ne figurait pas dans la version écrite du discours. Une nouvelle fois, Hollande a improvisé. Parfois pour le meilleur, mais ici pour le pire. Immédiatement, il ont fait passer le message inverse. Avant que le président en personne ne vienne faire tant bien que mal son propre service après-vente devant les journalistes français qui le suivent dans sa tournée.

« Non, non, personne n’a compris cela. Pas le président haïtien, en tout cas, clame-t-il. Il n’y a pas de dette. C’est impossible à rembourser. » Et d’insister, pour se sortir de ce mauvais pas : « L’annulation de la dette, elle est quasiment faite. Donc ce n’est pas le sujet. » Point barre ? On aurait pu le croire s’il n’était pas ensuite revenu de lui-même sur le sujet en parlant de « dette morale ». C’est en devenant le premier président français en visite officielle à Haïti qu’il l’acquitterait… Plus précisément, il la « convertira » en une aide « en matière d’éducation ».

C’est dans ce contexte de polémique naissante que François Hollande est arrivé ce mardi en Haïti. « Ca a fait le buzz ici, assure un expatrié. D’autant que c’est un débat récurrent. » Dans les rues, l’ambiance ne trompait pas. Des pancartes « Hollande, l’argent oui, la morale non », des cris « restitution, réparation » ou « à bas la France », quand ce n’était pas des doigts d’honneur au passage du cortège officiel.

Des pancartes et des slogans que la délégation française n’a pas vu ou entendu, roulant à tombeau ouvert sur la route escarpée menant au Champ de Mars. Une place vidée pour l’occasion : population éloignée et tribunes remplies d’invités triés sur le volet. De toute façon, à la tribune, Hollande réussissait le tour de force de ne pas prononcer une seul fois le mot « dette »!

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Haïti : la chute de François Hollande

Publié le 14 mai 2015, dans AFRIQUE, Amérique Latine, Colonialisme, Droits humains, France, Haïti, Histoire, Médiamensonges, Racisme, et tagué , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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