MADAGASCAR – Multiplication des cas de vindicte populaire, le pays glisse dangereusement vers le chaos.

Souvenons-nous du lynchage par la foule de 3 personnes à Nosy Bé dont 2 européens et 1 malagasy, en octobre 2003. Cet acte abominable, qui a fait le tour du monde des médias, avait horrifié le monde entier et valu à l’encontre des malagasy un sentiment de méfiance voire de haine. Tout cela, car parmi les brûlés vifs par la foule en furie, il y avait des européens.

Ces cas de vindicte populaire se sont poursuivis et ont même pris de l’ampleur ces derniers jours de manière inquiétante. Il n’y pas un jour où les médias ne parlent d’assassinats, de vols, d’agressions de plus en plus violents en raison de l’utilisation d’armes par les malfaiteurs. C’est donc un climat d’insécurité généralisée qui règne dans tout le pays, alimenté dangereusement par le nombre important d’armes qui circulent depuis la crise de 2009.

En l’espace de moins de 10 jours, on a recensé cas de justice populaire :
• A Mananara – Nord, la colère de la foule s’est abattue sur des présumés voleurs en fuite, blessant gravement par balle leur victime. Bilan : 6 morts dont 3 carbonisés et 2 blessés. Notons que la foule a réclamé aux forces de l’ordre qu’on lui remettait les bandits.
• A Toamasina, un pique-pocket a également été tué par la foule,
• A Antananarivo, deux voleurs à la tire ont failli être lynchés dans le quartier d’Antanimena. De même, à Ambohimanarina où une famille de 3 personnes, accusée de vol d’enfant, a pu aussi éviter la mise à mort grâce à l’intervention de justesse des forces de l’ordre,
• A Ilakaka (Sud), la foule en colère a attaqué la brigade de Gendarmerie pour y chercher un meurtrier présumé,

Loin de cautionner ces exécutions publiques qui pourraient conduire à des actes de lynchage sur simple rumeur (tondro-molotra), il s’agit évidemment de la traduction d’un ras le bol populaire, de la perte de confiance générale de la population envers un système judiciaire profondément corrompu, bref une rupture avec les autorités étatiques qui ne peuvent plus assurer son rôle premier, celui d’assurer la sécurité et la protection des citoyens.

La population est livrée à elle-même, elle ne peut pas compter sur l’Etat. On constate cette défaillance de l’Etat dans la gestion, plutôt non-gestion des conséquences des inondations où il brille par son absence qui est la marque de son impuissance. Remarquons que les membres du gouvernement ont encore l’indécence d’assister massivement au concert de Nana Mouskouri au CCI Ivato (à 220 000 Ar la place – environ 70 Euros) alors que le pays pleure avec ses plusieurs dizaines de victimes et plusieurs milliers de sinistrés. Comment qualifier cela sinon du pure mépris !

Le pays se trouve dans une situation chaotique inquiétante d’où les questions légitimes qui se posent : où est l’Etat ? Le pays est-il encore gouverné ? Les gouvernants ont-ils encore la maîtrise de la situation, notamment pour l’après-catastrophe avec les risques d’épidémies et la pénurie en PPN? Les faits nous incitent à répondre par la négative.

Et dans ce cas, un régime qui n’a plus la confiance du peuple, qui n’arrive plus à assurer son rôle, devrait se démettre avant que l’insurrection populaire l’oblige à le faire.

Mais, juste une petite question : et si le chaos était organisé et maîtrisé ?

TG

Publié le 6 mars 2015, dans AFRIQUE, Droits humains, Madagasikara - Crise, Madagasikara - Histoire, et tagué , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. 2 Commentaires.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :