Aéronautique – Les Airbus s’envolent avec les Mistrals !

Les Airbus s’envolent avec les Mistrals ! © Photo: RIA Novosti/Vladimir Pesnya (archive)

De nouveau grand scandale pour la France qui après le coup des Mistrals russes se retrouve en porte-à-faux et dans le collimateur sans savoir à quel saint se vouer dans le secteur de commerce international ! La livraison du premier joujou de la collection Airbus long-courrier A350 programmée pour être opérée la semaine dernière se trouve ajournée sinon annulée.

Cette affaire qui fait jaser le beau-monde de l’aéronautique est liée au Qatar. Le directeur général du Qatar Airways, Akbar al Baker, souffle le chaud et le froid autant que le PDG de la maison mère Airbus qui voit une affaire juteuse battre de l’aile. C’est qu’en effet le Qatar n’a pas apprécié une moquette mal posée dans le couloir de ce coucou capable de couvrir 14.500 kilomètres avec une capacité d’emport de 283 passagers dont 36 en classe d’affaires. Fabrice Brégier, PDG d’Airbus, se fait fort de livrer 80 étalons de ses écuries pour l’année à venir dont Qatar est le client de lancement.

A la lumière crue des faits, il apparaît que la raison citée par le Qatari s’avère être un pur prétexte. On n’annule pas les vols de démonstration et on ne pose pas une croix sur un programme de développement lourds de quelques 12 milliards d’euros d’investis à titre officiel. Je dis bien « officiel » parce qu’il y a également le con-investissement dans les branches d’industrie intrinsèquement liés avec l’aéronautique. Mais les faits mentent, car ils ne donnent aucune explication valable pour cette abrogation in extremis.

Cependant toute personne versée en aéronautique en comprend parfaitement les raisons. Dans le monde des avionneurs on s’étripe sans merci pour de nouvelles percées technologiques dont la plus alléchante est le remplacement du métal – aluminium en l’occurrence – par le plastique. Les matériaux en plastic peuvent être fabriqués un peu partout à travers le monde tandis que, mine de rien, l’aluminium est produit pour plus de 40% de production finale d’Airbus en Russie. Qui dit plastic, dit indépendance de livraison et amélioration des caractéristiques techniques de l’appareil qui sera moins lourd à l’envol. Donc il pourra emporter plus de passagers et cargaison c’est-à-dire être plus rentable pour ses exploitants.

Il y a une dizaine d’années, le Boeing, ce jumeau siamois d’Airbus, a misé sur le plastic et les avions de taille moyenne mais volant très loin. Pour les professionnels, cette politique rimait au dispatching final c’est-à-dire ravitaillement en passagers des destinations finales sans passer par les grands hubs régionaux. Pour ce qui est d’Airbus, les concepteurs ont sorti de leurs cartons la grande vache sacrée, le fameux avion le plus gros du monde, Airbus 380, qui vole, lui aussi, très loin et emporte plus de 600 passagers en classe unique. Seulement il requiert la reconstruction des pistes d’atterrissage conventionnelles, incapables de recevoir un tel poids. C’est un peu comme si on faisait rouler les chars d’assaut sur les autoroutes : la chaussée s’en trouverait très vite défoncée ! En plus, pour remplir un Airbus 380, il faut aspirer tous les passagers de l’aéroport et les billets coûtent cher, car l’appareil préconise tout un système de maintenance peu commune à la plupart d’avions dits normaux.

Il est intéressant que malgré toutes les rumeurs Airbus 380 a trouvé preneur en même temps que le long courrier de Boeing tout en plastic baptisé le Dreamliner. Le seul problème est que lorsque j’avais interrogé le vice-président de Boeing s’il voulait lui-même voler avec son appareil, il a souri et dit : « Non ! » Et on sait très bien pourquoi !

C’est que le plastic – ou autrement matériaux composites – supporte très mal les cycles de décollage et atterrissage parce que le plastic ne sait pas se dilater à l’instar des métaux. Au lieu de cela il se fissure et se casse parce c’est de la « matière morte ». Le métal lui, « fonctionne » en se dilatant au sol à la température ambiante de +20 degrés centigrades, par exemple, et en se rétrécissant dans l’air où la température est par moins 40 degrés centigrades à l’altitude de croisière. Il va sans dire que le plastic, même si opérationnel, vieillirait beaucoup plus rapidement que l’aluminium. D’où une subite perte d’intérêt pour son Dreamliner de la part de Boeing qui a vu un grand nombre de commandes annulés (les clients ont peur tout simplement) et qui ne cherche maintenant qu’à justifier et compenser ses dépenses de développement d’un nouveau projet. L’Airbus 350 est une nouvelle version du même Dreamliner d’Outre-Atlantique. Il est possible que les matériaux composites soient d’une nouvelle génération. Mais quand bien même c’en serait le cas que cela ne changerait pas les règles : le plastic reste le plastic quoi qu’on en fasse !

Alors la raison principale d’annulation ou retard de commande est liée non pas à la moquette bien posée mais aux atermoiements d’un client qui a peur d’un concept dangereux bien que révolutionnaire. C’est que toute faute dans l’aéronautique se solde par des milliers de vies humaines qui en paient l’addition.


Lire la suite: http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/275331381/281320678/

Publié le 19 décembre 2014, dans BRICS, Europe, France, Russie, et tagué , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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