MADAGASCAR – Quand l’arbitraire est roi, la démagogie règne

Combien de fois, on avait essayé d’adopter un ton plus suave et conciliant dans les colonnes de ce journal, mais rien à faire, les évènements, les actes et les prouesses détestables des dirigeants ne nous permettent guère de le faire, même une fois. C’est comme si, une fois arrivée au pouvoir, ces courtisans d’arrivistes qui ont fait semblant d’être les artisans de l’arrivée de Hery Rajaonarimampianina au pouvoir avaient complètement perdu la mémoire. C’est comme si, atteint d’une amnésie très sélective, le nouveau Président et son entourage ne se souviennent même plus des promesses en l’air (le temps de séduire les électeurs) et des beaux discours racoleurs qui promettaient monts et merveilles, un pays prospère où coulera à flots les richesses pour tous et le miel dans les sources. Du calme, ne nous fâchons pas. « Il n’y a que les petits hommes qui aient peur des petits écrits », dixit un grand homme.

Pierre Augustin de Beaumarchais ce pamphlétaire auteur du Mariage de Figaro et d’autres œuvres polémistes avait écrit un jour. « Feindre d’ignorer ce qu’on sait, de savoir tout ce qu’on ignore, d’entendre ce qu’on ne comprend pas, de ne pas voir ce qu’on entend…, voilà toute la politique ». Qui aurait cru qu’un jour sur cette île sous les Tropiques, en l’an 2014, les habitants auront à constater de visu et à vivre dans leur chair, les conséquences démagogiques des carences citées par ce fils d’horloger devenu écrivain par ambition ? Les entités (syndicalistes, opérateurs économiques, enseignants du FRAM et des universités, étudiants) et les simples citoyens qui revendiquent leurs droits les plus légitimes butent inévitablement et invariablement face au refus des décideurs qui font semblant ne pas savoir que faire pour solutionner les malheurs des gens dans l’ensemble. Ces détenteurs des leviers de commande de Madagascar prétendent ne pas maîtriser on ne sait quoi dans les rouages et fonctionnements budgétaires de l’Etat en évoquant on ne sait quel odieux « héritage » d’un passé dont ils furent eux aussi les acteurs privilégiés sinon les barons. Personne ne peut logiquement comprendre que dans un dossier aussi épineux qu’il soit, comme le recrutement des enseignants du FRAM, les responsables étatiques d’une république n’arrivent pas trouver l’issue souhaitable pour tous. Alors qu’ils sont censés diriger et être maîtres après Dieu de la destinée d’un pays aussi riche en millions de dollars pour les prix des milliers de rondins de bois de rose, de tonnes d’or, d’ilménite, d’uranium et autres métaux rares déjà expédiés et payés en devises à l’extérieur. Est-ce qu’en amont dans la chaîne de commandement de la nation, ils ne voient pas ces cris de colère des justiciables et des simples gens qui hurlent de fureur parce qu’ils sont toujours les éternelles victimes de l’autoritarisme déguisé « sous l’emblème de la Force nouvelle qui vient de s’insuffler à Madagascar », annoncé peut-être par mégarde dans un discours d’investiture copieusement commenté par les médias après avoir été unanimement applaudi par une Communauté internationale qui, pourtant ne demandait pas tant de la part d’un Président élu in extrémis à la faveur des promesses d’ivrogne de son concurrent au second tour. Quand la démagogie prend la place de la démocratie, on ne peut s’attendre qu’à une succession de déceptions en chaîne. Pour couronner le tout, voilà qu’un président de l’Assemblée nationale qui n’a même pas levé le petit doigt en faveur de cette combien juste cause des enseignants du FRAM lors de l’adoption de la Loi de Finances Rectificative, par pure et simple démagogie, annonce qu’il va participer à la recherche d’une issue de secours pour l’Exécutif. C’est comme si au lieu de servir l’intérêt général, des pauvres enseignants et des malheureux écoliers, son rôle institutionnel serait de jouer au pompier.
Le temps d’un discours enflammé pour faire pencher de son côté la sympathie de la population, le premier Président de la 4ème République ne s’embarrassait guère de scrupules pour annoncer telles et telles améliorations de la vie courante auxquelles les gens tenaient tant et rêvaient de tous temps. En sus des engagements solennels du genre, «Cette année sera celle de notre renouveau collectif, sous l’emblème de la Force nouvelle qui vient de s’insuffler à Madagascar. Je forme le vœu qu’ensemble nous libérions les énergies pour renverser la fatalité de la misère et de la maladie qui ont tant touché notre pays », il a donné également en public l’assurance pour que cette année qui marque le début de son mandat sera celle « où Madagascar redevient la Grande île de lumière et de prospérité ». Malheureusement pour tous et pour l’orateur de 25 janvier 2014, à cause des mauvais choix d’un mal gouvernance qui s’installe de manière insidieuse et les attitudes bornées de quelques caciques des palais d’Etat, des institutions et de toutes les administrations du territoire nationale, la vie de tout un pays va de travers. Rien n’est en concordance avec l’avenir radieux annoncé. Le contribuable subit chaque jour le poids de lourdes taxes qui, mine de rien, pèsent de plus en plus sur son existence. Lui et sa famille, ils sont ainsi condamnés à se contenter de maigre pitance journalière et de s’habiller chez le fripier du quartier quand ils n’arrivent pas à se payer une garde robe made in China ou in Thaïlande. En cas de maladie, la famille se débattra toujours entre les produits pharmaceutiques souvent inaccessibles et les potions, les baumes et n’importe quelle solution alambiquée de Babay et Lohavohitra. Dans les meilleurs de cas pour ceux qui sont mieux lotis, ils sont à la merci des factures salées des cliniques aux appellations ronflantes au service de prestations pas très satisfaisantes même s’ils en sortent vivants mais physiquement diminués jusqu’à la mort… La crème, les gens de la haute société (les dirigeants et leurs proches parents ainsi que les nouveaux riches de la défunte transition), eux, ils peuvent disposer de la formule « EVASAN » pour se faire traiter et dorloter par des blondes et célestes infirmières à l’étranger. La fortune ce n’est pas seulement fait pour les chiens de salon.

http://www.lanation.mg/article.php?id=13820

 

 

Publié le 13 septembre 2014, dans Françafrique, Madagasikara - Crise, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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