Madagascar: sécurité renforcée dans les parcs nationaux

PAR LOUISE DIMITRAKIS

Les autorités malgaches ont décidé d’augmenter la sécurité dans les parcs nationaux : un moyen de protéger les touristes, pris pour cible à plusieurs reprises ces dernières semaines. Ils devront désormais être accompagnés et les visites seront limitées. Un coup dur pour les professionnels du tourisme. Le meurtre sordide de trois innocents, dont deux français, début octobre à Nosy Be a révélé l’exaspération de la population locale contre un tourisme dévoyé.

– Alors, est-ce que Paris c’est vraiment le paradis?

Aux abords de la réserve naturelle d’Ankarana au nord de Madagascar, les rôles s’inversent pour un court instant. Apres avoir répondu aux questions d’un groupe de cinq « vazahas » – les blancs – au sujet des spécificités de la saison des pluies dans la région de l’Antakarana, Daniel, guide officiel fin connaisseur de la faune et de la flore locale, interroge à son tour son auditoire sur la vie dans la capitale française.

– C’est bien oui. Enfin… Tout n’est pas parfait bien sûr…
– Non pas un paradis quand même…
– Une belle ville ça oui! Confortable! Mais vous n’êtes pas mal ici non plus si?

Il y a 8 ans, la femme de Daniel a fait le voyage de « Tana », la capitale, jusqu’à Paris pour recevoir d’importants soins médicaux. La maladie s’en est allée, la femme de Daniel elle, n’est jamais revenue. Un jour, une lettre est arrivée au village: « Pardon, je ne rentrerai pas. Ici, c’est le paradis. »
L’épisode n’a pas adoucit les sentiments mitigés de Daniel pour l’ancienne puissance coloniale. Un étrange mélange de curiosité, d’envie et de méfiance. Mais ici les touristes et les expatriés résidant à Tana, dont la plupart sont français, font encore tourner l’économie. Alors Daniel ne se plaint pas et évite les critiques.

Attaques à la machette

Pourtant dans cette région du nord comme partout à Madagascar actuellement, les « vazahas » n’ont pas la côte. Les agressions et vols en tout genre se multiplient contre les blancs en ballade ou parfois directement dans leurs hôtels. Au sud, les « dahalo », des brigands voleurs de zébus qui sèment la terreur depuis des années parmis les paysans, s’attaquent à présent aussi aux touristes. Au nord, de petits groupes armés ou munis de simples machettes lancent des assauts sur les circuits recommandés par les agences de tourisme et les tour operators. Aux abords des parcs nationaux, les consignes de sécurité ont été renforcées et les villageois n’hésitent pas à enfourcher leurs propres véhicules pour venir en aide aux personnes agressées… Des opérations de sauvetage qui s’achèvent souvent dans un bain de sang, à coups de jets de pierres contre les agresseurs.

« Je n’avais encore jamais vu autant d’attaques de blancs que depuis ces derniers temps » assure Aurélien, chauffeur de taxi brousse entre Ambilobe, sa ville natale, et Diego-Suaréz la grande cité de l’extrême nord du pays normalement réputée pour son calme. « Appeler les gendarmes? Pourquoi faire? Ils ne viendront jamais! Faites plutôt confiance aux villageois » recommande-t-il la bouche pleine de Qat, cette drogue sous forme de plante à chiquer qui maintient en éveil les conducteurs.

La foi en cette « justice populaire » fait apparaître en sous-main la perte de confiance totale de la population dans l’armée et la police nationale. Depuis le renversement de l’ancien chef de l’Etat Marc Ravalomanana en 2009, le gouvernement de transition s’est montré incapable de sortir le pays du marasme économique dans lequel il se trouve et a perdu en grande partie le contrôle des forces de l’ordre dispersées sur le territoire. Les populations affichent de plus en plus leur méfiance envers les militaires dont les salaires se sont effondrés et qu’elles soupçonnent d’orchestrer la plupart des attaques ou de louer des armes aux pilleurs.

« Ils n’ont pas été payés depuis des mois » explique Stéphane, gérant d’un hôtel situé à proximité d’un camp militaire au village de Ramena dans la baie des Sakalava où trois blancs se sont fait attaquer début novembre. « Alors tout est bon pour se faire un peu d’argent. Ça va de la multiplication des faux barrages routiers qu’ils n’acceptent de lever qu’en échange d’un bakchich, aux vols de vazahas aujourd’hui. » Sale temps pour son business de planches à voile dont les prix à la location ne sont guère accessibles qu’aux blancs.

À environ 200km de Ramena, le port d’Ankify est noir de monde. Les voyageurs s’entassent dans des embarcations à destination des îles du nord, Nosy Komba ou encore Nosy Be, où s’est produit le triple assassinat. « L’argent atterrit de moins en moins dans la poche des malgaches. Les européens font leurs réservations depuis leurs pays. Le billet d’avion, l’hôtel – tenu par des vazahas bien sûr –  les excursions en mer, la nourriture… Tout y est. Les populations se mélangent de moins en moins. L’argent circule toujours dans les mêmes cercles », se désole Daniel le regard fixé sur une ligne de « tsingy », ces formations verticales rocheuses en forme d’épées, typiques de Madagascar .

Instabilité politique

Il est vrai que ces dernières années, certaines parties du pays prennent quelques airs d’Afrique du Sud. Le durcissement des clivages économiques et géographiques entre blancs et malgaches a instauré un climat d’insécurité qui ne cesse de s’accentuer depuis l’annonce de la tenue de prochaines élections il y a…  quatre ans.

Sur la scène politique, les tensions sociales et le contexte électoral font régulièrement glisser les arguments anti vazahas vers des arguments anti français. Après les meurtres de Nosy Be, le rapatriement de citoyens français séjournant sur l’île à provoqué l’ire d’une partie de la presse nationale qui n’a pas hésité à exagérer les faits, accusant Paris de conspirer contre la justice malgache en organisant l’exil de 6000 personnes dont de nombreux coupables et complices de crimes et délits commis sur l’île.

Ce discours anti français dont tout un pan de la presse malgache se fait régulièrement l’écho s’est bien entendu accentué dans la compétition pour l’accès au pouvoir et les personnalités politiques du pays n’hésitent pas à en faire usage en leur faveur. Les réticences de l’ancienne puissance coloniale à reconnaître le renversement de l’ex président Marc Ravalomanana – américanophile décomplexé qui n’a jamais caché sa préférence pour le commerce avec les pays anglo saxons – par coup d’état militaire, lui vaut d’être régulièrement accusée par les journaux nationaux de s’immiscer dans les affaires nationales en exprimant indirectement ses préférences pour le camp de l’actuel chef de l’Etat, Andry Rajoelina. Des accusations sur lesquelles ce dernier, interdit d’élections par la communauté internationale, n’hésite pas lui-même à surfer. Dans un entretien au Monde daté du 11 novembre, il a affirmé avoir été accueilli à l’ambassade de France lors de la crise de 2009 avant de se voir proposer une aide à l’exil hors du pays. Un épisode encore bien mystérieux qui fait grincer des dents dans les cercles français de Tana. Quoi qu’il en soit, les propos de l’actuel président ne risquent pas d’attiédir les reproches d’ingérence adressés à la France depuis qu’elle s’est exprimée très clairement, avant le premier tour des élections, contre les candidatures de sept personnalités politiques  (dont A. Rajoelina et l’épouse de M. Ravalomanana) sur quarante, invoquant des invalidités juridiques par rapport au code électoral.

Pas sûr en tout cas que le clivage vazahas/malgaches influence le vote des citoyens le 20 décembre prochain. Les candidats en lice pour le deuxième tour sont tous deux issus de l’ethnie « Merina » majoritaire dans les hauts plateaux du pays et en proie à de vives tensions avec les populations côtières exclues des principales sphères du pouvoir du pays. « Moi et mes amis, en tant que côtiés, nous n’irons pas voter », conclut Daniel.
http://www.librafrique.org/lire/economie/2013/12/03/a-madagascar-les-touristes-blancs-font-grise-mine

 

 

Publié le 5 décembre 2013, dans Madagasikara - Crise, et tagué , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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