La France Contre Lalao et Marc Ravalomanana

Analyse d’un lecteur:

 

La France Contre Lalao et Marc Ravalomanana

 

Les positions de la France sont simples et claires :

–   elle applique des sanctions contre Lalao Ravalomanana pour avoir déposé sa candidature pour l’élection présidentielle de son pays et exige le retrait de sa candidature;

–   elle veut à ce que Marc Ravalomanana reste en exil et ne revient pas à son pays avant la tenue des élections.

Lalao Ravalomanana est revenue à Madagascar le 27 juillet 2012 mais les forces de sécurité d’Andry Rajoelina l’ont rejettée manu-militari, la mettant sur le prochain vol hors du pays.  Donc, si Lalao Ravalomanana n’était pas présente à Madagascar pour les 6 mois requis par la loi avant le dépot de sa candidature, c’était à cause de l’exil forcé ordonné par Rajoelina.

La Cour Electorale Spéciale a clairement indiqué son avis juridique sur la candidature de Lalao Ravalomanana et de Didier Ratsiraka:  « leur absence sur le territoire malgache résulte de faits et circonstances indépendantes de leur volonté, les empêchant de jouir de leur droit fondamental de rentrer dans leur pays natal, quand bien même, ils ont maintes fois manifesté expressément leur désir et volonté de retourner à Madagascar. »  La CES a donc compris la réalité, au moins pour la situation de Lalao Ravalomanana.  Mais la France, non.

La France a rejeté la décision de la CES.  Ainsi, la France s’est montrée pour l’exil forcé comme moyen légitime pour empêcher une citoyenne de se présenter comme candidate dans son pays.  Par la suite, la France a annoncé le 10 juin 2013 la mise en place de sanctions contre Lalao Ravalomanana pour avoir osé déposer sa candidature malgré l’exil forcé qui, selon la France, a été légitimement utilisé pour l’empêcher de se présenter.

En appuyant l’idée que la candidature de Lalao Ravalomanana est illégale, la France montre son appui pour le coup d’état continuel d’Andry Rajoelina: Rajoelina se maintient au pouvoir en partie par l’exil forcé de ses adversaries politiques avec l’appui de la France.  Après tout, l’exil forcé de Lalao Ravalomanana en juillet 2012 n’était qu’une petite extension du coup d’état qui a mis Rajoelina au pouvoir.

Marc Ravalomanana a essayé de revenir à Madagascar le 21 janvier 2012 mais son avion a été retourné vers l’Afrique du Sud à mi-vol.  Il a encore essayé de revenir le 3 juillet 2013 « mais les autorités malgaches, notamment l’actuel président de transition Andry Rajoelina, s’opposent toujours à son retour. »

La France maintient que la présence de Marc Ravalomanana avant les élections pourra provoquer des troubles (« grand risque par rapport à l’apaisement »).  Le Trouble à Madagascar s’appelle Andry Rajoelina.  Robert Razafy a détaillé les résultats possibles de sa provocation: « le grave danger auquel sont exposés tous les passagers » de l’avion qui amènerait Marc Ravalomanana de l’Afrique du Sud, ainsi que « des risques de destructions » de l’avion.  La France soutient l’idée qu’il faut éviter de provoquer la colère d’Andry Rajoelina à tout prix.  Pour cela, la solution est d’empêcher ceux qui, par leur simple présence à Madagascar, entraineront Rajoelina à commander des actes violents.  Puisque Andry Rajoelina menace de faire de la violence si Marc Ravalomanana revient, ainsi il faut faire tout pour empêcher Marc Ravalomanana de revenir.  Telle est la logique de la France.

Rajoelina a démontré le 22 mai 2013 qu’il prône la violence verbale contre les représentants de la communauté internationale (« la Présidence est impliquée dans la manifestation hostile à la communauté internationale » a declaré le représentant de la SADC Léonardo Simao le 6 juin 2013).  Ce n’est pas nouveau.  Rajoelina a appuyé la violence avec impunité contre son pays le 26 janvier 2009, contre la bouquiniste d’Ambohijatovo le 24 avril 2009, contre une femme devant l’hôpital HJRA le 26 septembre 2009, et contre taximan Hajaharimananirainy Zenon le 17 juillet 2011.  Le lendemain de la mort de ce dernier, un représentant de l’Ambassade de France à Antananarivo a défendu le non-respect des droits de l’homme par Rajoelina en disant que Madagascar « est de loin pas l’un des pays de la zone sud tropicale où les droits de l’homme sont le plus bafoués ».  Depuis l’incendie de dizaines de villages au sud de Madagascar par les militaires de Rajoelina en 2012, silence total de la France.

Pendant la transition de Rajoelina la pauvreté a augmenté jusqu’à atteindre plus de 90% de la population à Madagascar.  Il y a maintenant 600 000 enfants non scolarisés.  Aujourd’hui une invasion de criquets « menace sérieusement les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des populations rurales ».  Selon la Banque Mondiale, 70% de la population sera exposée à la malnutrition si des mesures ne sont pas prises.  Dû à tout cela, la priorité des malgaches est de mettre fin à la transition de Rajoelina.

Mais pour la France, la priorité est de garder Marc Ravalomanana en exil et de permettre à Andry Rajoelina de continuer à agir comme président de Madagascar, même si ça va contre la Feuille de Route, contre le droit de Marc Ravalomanana de rentrer dans son pays, et contre le bien-être de presque tous les malgaches.  Notez qu’en demandant son amnistie en janvier 2013, la SADC a démontré qu’elle considère Marc Ravalomanana amnistiable — c’est à dire qu’il n’a pas commis des actes qui pourront l’exclure de l’amnistie comme décrit dans la Feuille de Route.

Le FFKM, la SADC, et beaucoup de malgaches se disent pour le retour de Marc Ravalomanana à son pays. Par contre, la France et Andry Rajoelina, appuyés par leurs militaires respectifs à Madagascar, se disent pour la continuité de son exil forcé en Afrique du Sud.  Tant que Marc Ravalomanana n’est pas autorisé de rentrer dans son pays et que l’exil forcé est utilisé pour empêcher Lalao Ravalomanana d’être candidate, il n’y aura pas de démocratie à Madagascar, la Feuille de Route ne sera pas appliquée, et la crise persistera.

 

Un lecteur de Tsimok’i Gasikara

 

Publié le 9 juillet 2013, dans Actualités des Légalistes, Françafrique, Madagasikara - Crise, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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