MADAGASCAR – Application de la Feuille de route Zafy et Ratsiraka, incontournables

Rien ne va ! C’est le constat rapporté par l’ambassadeur de France, Jean Christophe Belliard. Et pourtant, la feuille de route est appliquée ; et pourtant les deux protagonistes de la crise sont dans le gouvernement et le Parlement de transition ; et pourtant le gouvernement de consensus d’union nationale déploie tous les efforts pour cheminer vers les élections ; et pourtant la Commission électorale nationale indépendante pour la Transition est à pied d’œuvre. Mais rien ne va.

Récemment arrivé au pays, Jean Christophe Belliard n’a pas révélé qui sont les blocages bien qu’il le sait vraisemblablement. En tant que diplomate, il ne dévoilera pas dans les détails où se situent les véritables pierres d’achoppement dans l’application de la feuille de route ; il s’est contenté d’exhorter les Malgaches à œuvrer pour des élections crédibles, c’est-à-dire faire en sorte que les résultats des élections soient acceptés par notamment les perdants. L’ambassadeur de France ne désavouera pas non plus de quelque manière que ce soit ou du moins ne critiquera point la feuille de route que les parties malgaches ont adoptée et qui est une loi en vigueur dans le pays. D’ailleurs jusqu’à preuve du contraire, aucune institution de cette transition n’a, à notre connaissance, osé renié ouvertement cette feuille de route ; on se limite à rejeter la responsabilité de sa non application intégrale ou de la lenteur du processus de sortie de crise, sur autrui, sur le camp d’en face, sur les autres signataires, sur l’opposition.

Andry Rajoelina et les parties qui l’ont porté au pouvoir et qui y sont encore, ne souhaitent pas revenir sur cette feuille de route car elle consacre Andry Rajoelina, chef de l’État et président de la transition. La majorité des nouveaux entrants dans le Parlement de transition issu de la feuille de route n’y songent pas car c’est grâce à la feuille de route que ces parlementaires y siègent et bénéficient de l’autorité et des avantages y afférant. Et ce tout en sachant pertinemment que cette feuille de route est un nœud gordien qu’il faut défaire ensemble avec les entités non signataires, avec celles qui ont fait des réserves, avec la société civile et la société militaire.

Récemment toutefois, une minorité de parlementaires, membres du Conseil supérieur de transition (CST) a décidé d’évaluer l’application de la feuille de route et apporter des propositions de résolutions dont la mise en œuvre fera l’objet d’un comité suivi. Mais là encore il ne s’agit pas de renier mais d’améliorer l’application de cette feuille de route. Rejeter la feuille de route signifie la faillite du régime de transition qui n’a pas voulu tenter le vrai changement réclamé dans la rue en son temps. Pour preuve, le coup d’arrêt au processus indiqué dans la Constitution de la 4e République – la communauté internationale a-t-elle reconnu ce référendum constitutionnel et a-t-elle manifesté un quelconque appui en faveur de la poursuite de ce qui est inscrit dans cette Constitution ?

À beaucoup d’égards, il faut reconnaître que ce sont surtout les signataires de la feuille de route eux-mêmes qui font blocage à la sortie de crise ou qui sont les problèmes de la feuille de route, sans oublier les non signataires, en particulier, la mouvance Ratsiraka. La mouvance Zafy est plutôt ce qu’on peut qualifier de ver dans le fruit ou d’épine dans la plante des pieds.

On se souvient des réserves émises par le Dr. E. Rakotovahiny le 17 septembre. Mais personne jusqu’à présent n’a pensé à cette épine Zafy Albert dans la feuille de route. Personne n’est pourtant pas sans savoir la force tranquille du Pr. Zafy qui était là et qui est toujours là avec sa mouvance. Dans ce processus de la feuille de route, le Pr. Zafy n’a rien à perdre ; il a tout à gagner.

Entre signataires de la feuille de route, personne ne peut exclure ou sanctionner un membre appartenant à une autre mouvance, ou à des institutions de la transition sans avoir consulté et obtenu l’assentiment du chef de file concerné qui doit désigner un remplaçant. Le cas du Dr. Joseph Randriamiarisoa est flagrant.

Présenté par le pouvoir de transition comme étant issu de la liste de la mouvance Zafy, la nomination du Dr. Joseph Randriamiarisoa a été cependant réfutée par une partie de cette mouvance. Le Pr Zafy a même déclaré qu’il n’a pas désigné Joseph Randriamiarisoa comme ministre de l’Environnement. Mais le fait est que le gouvernement de transition veut donner une image d’inclusivité et de fidélité à la feuille de route. Et en dépit du décret d’abrogation de la nomination du Dr. Joseph Randriamiarisoa, ce dernier demeure toujours sans remplaçant et fait comme s’il est toujours le patron du ministère de l’Environnement. Le Premier ministre Omer Beriziky qui doit assurer l’intérim n’a pas, depuis près de trois mois maintenant, pris du service faute de passation officielle avec Joseph Randriamiarisoa.

Pendant ce temps, le Pr. Zafy rit sous cape ; le Premier ministre est en effet issu de la liste qu’il a proposée et il faut admettre que les motifs d’insubordination invoqués pour abroger la nomination du Dr. Joseph Randriamiarisoa ne sont pas convaincants au moment où l’ancien ministre de l’Environnement commençait à confirmer ce que tout le monde disait sur des personnalités impliquées dans les trafics de bois de rose ; autrement dit, aux yeux de l’opinion, son limogeage ne pouvait être qu’une sanction de la part de ces hautes personnalités qu’il avait citées.

Quant à la mouvance Ravalomanana, on ne peut négliger sa force ; à preuve la puissance de résistance des rassemblements de chez Magro depuis la fuite de l’ancien président en Afrique du Sud. Mais là aussi, on doit avouer qu’il a la haute main sur ses fidèles de chez Magro. Toujours est-il que Marc Ravalomanana n’est pas comme Zafy Albert. L’ancien président en exil est plus pragmatique et donc plus facile à convaincre du moment que ses intérêts sont dans la balance. Il ne souhaite pas perdre son patrimoine et il veut retrouver sa popularité ou du moins son pays.

Le plus dur et le plus tenace est Didier Ratsiraka qui avait été sollicité par la communauté internationale mais qui n’a pas signé la feuille de route. Bien qu’il ne soit pas directement impliqué dans la crise, sa mouvance qui lui obéit au doigt et à l’œil, n’attend pas des coups d’éclats car elle est convaincue comme la plupart des observateurs politiques, que près de 20 ans d’exercice du pouvoir ont façonné l’homme mais surtout des générations de fidèles anonymes et de cadres dévoués dans toutes les administrations qui se sont succédé.

par Bill

http://www.madagascar-tribune.com/Zafy-et-Ratsiraka-incontournables,17677.html

 

 

Publié le 18 juillet 2012, dans Madagasikara - Crise, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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