La Reine Ranavalona Ier de Madagascar, symbole de patriotisme

Par  Nzwamba Simanga,

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Article excellemment écrit par un non-malgache et qui reste très actuel en ces temps de crise profonde de PATRIOTISME chez les africains en général et les malgaches en particulier. Sans adhérer à la Royauté, c’est une bonne leçon de PATRIOTISME qui nous est rappelée.  Salutations et remerciements patriotes à l’auteur.
 
La Rédaction de Tsimok’i Gasikara

Ranavalona Ier

 

Appartement à la dynastie Merina et née en 1788, elle accède au trône en tant que Mpanjakan’i Madagasikara, « souverain de Madagascar », après la mort de son mari Radama Ier. Elle porte aussi le nom de Ranavalo-Manjaka Ire (« Ranavalona régnante »). Le règne de Ranavalona Ier, de 1828 à 1861, est caractérisé par une très grande affirmation de la souveraineté de son pays face aux pressions des conquêtes des Européens qui vagabondaient, à cette époque, au-delà de leurs contrées en quête de pillage.

 

En nationaliste intrépide, elle mène une lutte sans merci contre l’expansion des religions étrangères et mène la vie dure aux missionnaires européens, installés dans son pays avant son accession au trône et venus apporter l’Évangile de leur Dieu. Elle rompt radicalement avec les méthodes de son défunt mari qui avait ouvert le pays aux influences culturelles et politiques européennes. Ainsi, elle interdit le Christianisme dans son pays, chasse les missionnaires européens en 1835, et remet en question le traité anglo-malgache de 1820 (signé sous le règne de son mari).

Bien avant leur expulsion, elle adresse aux missionnaires une lettre, datée du 26 février 1835, dans laquelle on peut lire:

«… Mais si je vois quelques-uns de mes sujets vouloir changer le moins du monde les règles établies par les douze grands rois, mes ancêtres, je n’y saurai consentir; car je ne permettrai pas que les hommes viennent changer quoique ce soit à ce que j’ai reçu de mes ancêtres, dont j’ai accepté, sans honte et sans crainte, toutes les idées. Il vous est loisible d’enseigner à mon peuple la science et la sagesse; mais quant à ce qui est de toucher aux coutumes des ancêtres, c’est un vain travail, et je m’y opposerai entièrement.

 Aussi, en ce qui concerne la religion, soit le dimanche, soit la semaine, les baptêmes et les réunions,j’interdis à mes sujets d’y prendre part, vous laissant libres, vous, Européens, de faire ce que vous voudrez … »

D’ailleurs les missionnaires, profondément mis en échec dans leur besogne par cette Reine nationaliste, n’ont pas tardé à la décrire dans leurs ouvrages en utilisant des termes infamants à son égard comme c’est le cas dans l’extrait suivant:

« C’est l’heure où la reine sanglante, Ranavalona Ire, vient de monter sur le trône et s’apprête à déchaîner, contre ses sujets chrétiens, une persécution violente qui durera plus de trente ans. Les missionnaires anglais sont chassés, le culte chrétien interdit.

[…]Et pour nous, protestants français, il est juste que nous associons leur souvenir à celui de nos propres martyrs, de toits ces hommes, de toutes ces femmes, qui, en France ou dans les vallées vaudoises du Piémont, du XVIe au XVIIIe siècles, ont été, eux aussi,  » lapidés, torturés, persécutés, maltraités, eux dont le monde n’était pas digne, et à la foi desquels il a été rendu témoignage…  » (Hébr. XI : 37-39)

 […]Il s’agit d’aider fraternellement les descendants spirituels de ces admirables martyrs, à maintenir leurs positions, et à conquérir à la foi évangélique, les vastes régions de leur île encore plongées dans la nuit du paganisme. » Jean Bianquis, Directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris, dans la préface de « Rafaravavy Marie, Une Martyre Malgache sous Ranavalona 1re » du Missionnaire Gustave Mondain.

On peut aussi lire dans l’introduction du même ouvrage l’extrait suivant:

«Ce qui a caractérisé, en grande partie, le règne de Ranavalona Ire (1828-1861), c’est la méfiance et l’hostilité manifestées par cette reine contre tout ce qui était européen. Il lui semblait que son devoir de protectrice de son peuple entraînait pour elle l’obligation de lutter contre toutes les influences étrangères, de quelque nature qu’elles fussent. 

 […]elle fit habilement la discrimination entre les missionnaires blancs et les adeptes malgaches des nouvelles idées. C’est contre ces derniers qu’elle exhala sa fureur et promulgua des édits de persécution des plus rigoureux. »

En réponse aux calomnies des missionnaires, elle dira: « ny fomban-drazako tsy mba mahamenatra ahy na mampatahotra ahy ! » (« Je ne ressens ni honte ni crainte au sujet des coutumes de mes ancêtres ! »). Elle essaya d’éradiquer totalement le Christianisme parmi ses sujets et les convertis étaient perçus comme des traîtres, « mpivarotra tanindrazana » (« vendeurs de la terre ancestrale », « qui vend son pays »). La Reine voyait dans le Christianisme, et l’évangélisation, un moyen sournois d’infiltrer son pays pour le soumettre aux ambitions coloniales européennes. Concernant ces convertis, la Reine déclara au cours d’un discours en 1849: « Miala amiko ka mba ialako, mahafoy ahy ka mba foiko ! » (« Ils m’ont reniée comme symbole vivant de leur patrie, aussi je les renie; ils ont renoncé à moi, je renonce à eux ! »).

Madagascar

En 1845, l’armée repousse les attaques des marines françaises et anglaises et la Reine consolide la souveraineté de son pays dans les zones côtières afin d’empêcher les Français de s’y établir. La Reine Ranavalona avait une aversion très prononcée envers les Européens et la vigueur de son hostilité envers eux se manifestait principalement dans le domaine idéologique et religieux tout en les tolérant dans d’autres secteurs liés à son programme de modernisation du royaume. Cependant, elle s’abstient des services des Britanniques au profit de techniciens indépendants de toutes instrumentalisations politiques étrangères. Mais suite à des complots et nombreuses intrigues contre elle, mêlant plusieurs Européens et impliquant également son fils, tous les Européens sont priés de quitter le pays en 1857.

Jusqu’à la fin de son règne, la Reine fût le symbole du patriotisme et d’une grande fierté nationale alors que les Européens la présente dans leurs ouvrages comme une souveraine autoritaire, un symbole d’obscurantisme et de cruauté.

À sa mort, son fils lui succéda au trône sous le nom de Radama II. Plus perméable aux idées européennes, il ouvrit à nouveau le pays aux étrangers sans restrictions et rétablit la liberté des cultes. Les Européens expulsés sous le règne de Ranavalona furent autorisés à revenir. Fortement influencé par le Français Jean Laborde, précédemment expulsé du pays par la Reine Ranavalona puis revenu dans le pays sous le nouveau roi à titre de Consul de France, Radama II abolit les coutumes et les institutions traditionnelles pour en créer d’autres calquées sur les différents modèles européens.

Radama II

La présence et l’influence de la France s’accentua dans le pays progressivement. Plusieurs décisions en faveur des Européens suscitèrent un profond malaise dans le royaume. Par exemple, il donna à un Français le droit exclusif d’exploitation de la partie nord de Madagascar. Cette décision créa une grande inquiétude chez son premier ministre qui craignait que ce geste compromette à jamais la souveraineté de son pays.

Les réformes libérales de Radama II, en décalage avec les réalités du pays, suscitèrent des troubles et de l’insécurité au point d’aboutir à un changement de régime violent en 1863 qui mit fin brutalement à son règne. Radama II fût tué par étranglement au cours de cette circonstance.

Fait intéressant, Radama II fût considéré comme un roi traître dans son pays, un souverain faible,influençable, et incompétent. Cependant, dans les ouvrages européens il est présenté comme le « prince de la Renaissance malgache ».

 

Ceci nous enseigne que nous devons toujours refuser la version de notre histoire racontée par les étrangers, quelque soit la sympathie avec laquelle ils voudraient nous la présenter. Nous avons vu dans le cas de la Reine Ranavalona Iergrande patriote, les Européens n’ont pas hésité à la dénigrer et à user de tout le vocabulaire ordurier pour salir le prestige de cette grande Reine, ardente protectrice de sa Nation contre les vautours étrangers en quête de pillage. Par contre pour son fils Radama II, visiblement un incompétent et poreux à tous les souffles du monde, ces mêmes Européens ont couvert son règne d’un long florilège d’éloges qu’il ne méritait pourtant pas.

Aujourd’hui, la danse des mystificateurs se poursuit à travers la puissance des machines médiatiques et cinématographiques européennes et américaines au point que nos leaders intègres et inflexibles y sont présentés comme des méchants, des êtres abjectes, alors que les médiocres parmi nous y sont exhibés et mis en valeur comme des libérateurs. Pour les non-avertis, l’opération de désinformation est constamment couronnée de succès.

Ce qu’on peut retenir de l’histoire de Ranavalona Ier et de Radama II, c’est de prendre conscience fermement qu’il faut aimer ceux que les Européens détestent et détester ceux que les Européens aiment.

 

Salutations révérencielles à Sa Majesté Ranavalo-Manjaka Ire.

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Publié le 4 juin 2012, dans AFRIQUE, France, Madagasikara - Crise, Madagasikara - Histoire, Uncategorized, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. Article intéressant, qui explique les racines de l’isolationnisme malgache. Le patriotisme est une vertu quand il sert au progrès de son peuple, derrière lequel se love le progrès de l’humanité toute entière. Mais si ce patriotisme n’est que celui d’une élite aristocratique qui refuse toute influence étrangère pour conserver ses prérogatives, masquées sous les oripeaux de traditions stupides (comme l’ordalie de l’empoisonnement), ce patriotisme est-il encore une vertu ? Ne devient-il pas plutôt le pire des vices ? Quand les révolutionnaires français guillotinent leur propre roi, rompant avec leurs traditions séculaires, c’est au nom d’un patriotisme éclairé, pas d’un patriotisme ténébreux qui n’accepte aucun progrès. Mais il est vrai que c’est là une évolution endogène. Cependant, la conclusion de cet article est, à ce propos, le point faible de l’article, d’un manichéisme confondant ! Les européens n’aiment pas Hitler (par exemple), donc les malgaches devraient aimer Hitler ? C’est ridicule. La seule bonne question, à mon avis : qui, de Ranavalona ou de Radama II, a donné le plus d’émancipation, d’espoir et de bonheur à son peuple ( et pas à quelques petits barons) ?

    • Rakotondratsimba livasoa

      Je ne pense pas que Ranavalona Iere avait l’intétention de réduire son peuple à l’ignorance et au refus de progrès (elle le dit elle-même dans sa lettre aux missionnaires) mais plutôt l’intention de le protéger contre une soumission pré-coloniale. Rappelez-vous, quand les Conquistadores arrivent en Amérique du Sud et convertissent les natifs au catholicisme, presque de force, pour pouvoir les soumettre, c’est plutôt dans cette optique là que Ranavalona voyait l’évangélisation et non comme une forme de progrès. Elle craignait la servitude de son peuple aux Européens, ce qui est compréhensible en tant que souveraine. De plus, les conséquences de la chute du royaume de Madagascar sont dues à l’arrivée du Général Gallieni. Et cela laisse encore des traces aujourdhui…
      Si je peux me permettre, le raisonnement logique sur le manichéisme du rédacteur est inaproprié et mal choisi. « Les Européens n’aiment pas Hitler. Les Malgaches n’aiment pas les Européens. Or Hitler est Européen. Donc les Malgaches n’aiment pas Hitler. » voilà comment je peux interpréter votre réflexion, qui est contradictoire.

  2. andriamiadana hery

    je suis d’accord avec vous,je suis xénophobe a un point inégalé jusqu’à ce jour. Mais concernant l’effusion de sang je suis contre

    • On peut être patriote sans être xénophobe. Il ne faut pas tomber dans le piège de la confusion entre le peuple et la politique menée par son pays. Par exemple: ne pas confondre les français et la France.

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